Origine et histoire de la Grotte traversante
La grotte du Mas-d'Azil, située dans le département de l'Ariège en Occitanie, est une cavité karstique exceptionnelle de 2 100 m de long, traversée par la rivière Arize et une route départementale. Son porche monumental (51 m de haut) et son tunnel naturel de 420 m en font l’une des rares grottes européennes accessibles en voiture. Creusée par l’érosion sur deux millions d’années, elle révèle des strates géologiques marquées par la limite Crétacé-Tertiaire, tandis que son occupation humaine remonte à l’Aurignacien (-35 000 ans), avec des habitats préhistoriques préservés hors des zones inondables.
La grotte a livré des vestiges majeurs de l’Azilien (12 000–9 500 av. J.-C.), une culture éponyme marquant la transition entre le Magdalénien et le Mésolithique. Parmi les découvertes emblématiques figurent le Faon aux oiseaux (propulseur magdalénien), des galets peints ocre, et des gravures pariétales (bisons, chevaux, signes géométriques) dans les salles Breuil et du Renne. Les fouilles, initiées au XIXe siècle par l’abbé Pouech et Édouard Piette, ont aussi révélé des sépultures comme le crâne de Magda (14 000 ans), orné de plaques osseuses en guise d’yeux. La grotte, classée monument historique en 1942, abrite également des traces d’occupations historiques, des chrétiens persécutés du IIIe siècle aux protestants du XVIIe siècle.
Les transformations modernes ont débuté en 1857 avec le percement d’une route impériale, entraînant des découvertes archéologiques fortuites. Au XXe siècle, des aménagements touristiques (électricité, musée de la Préhistoire en 1981) et scientifiques (fouilles Inrap en 2011–2013) ont mis en lumière des habitats aurignaciens inédits. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la grotte fut brièvement réquisitionnée pour des projets industriels abandonnés. Aujourd’hui, elle allie patrimoine préhistorique (championnat de tir aux armes anciennes), géologie (parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises), et tourisme, avec un centre d’interprétation ouvert en 2013.
Son art pariétal, bien que moins connu que Lascaux, inclut des représentations uniques comme la vulve gravée dans un boyau étroit ou le Coco des roseaux, scène de chasse magdalénienne. Les dolmens néolithiques environnants (Bidot, Cap-del-Pouech) et les poteries retrouvées à l’entrée témoignent d’une occupation continue. La grotte illustre aussi les défis de conservation, avec des œuvres menacées par la biocorrosion, étudiée depuis 2016 par des équipes comme celles de Laurent Bruxelles et Marc Jarry.
Les fouilles pionnières, menées par Félix Garrigou (1867), Félix Régnault, ou Henri Breuil (art pariétal), ont posé les bases de la préhistoire comme science. Les Péquart y ont exhumé en 1937 des objets exceptionnels, dont un bâton percé à protomé de cheval. Joseph Mandement, en désobstruant des galeries, y a découvert le crâne de Magda. Ces travaux, complétés par André Alteirac (années 1960–1970) et Denis Vialou (1977), ont confirmé le Mas-d’Azil comme site clé pour comprendre la transition Paléolithique–Néolithique en Europe occidentale.