Origine et histoire de l'Hôtel de ville
Le groupe scolaire - hôtel de ville - justice de paix de Morez, situé dans les Hauts de Bienne (Jura), est un édifice emblématique construit à la fin du XIXe siècle. Conçu par les architectes Tony Ferret et Adrien Pinchard, il remplace une ancienne halle-mairie et intègre des fonctions multiples : éducation (écoles primaires, maternelle, école professionnelle), administration (mairie, justice de paix) et services publics (police, poste télégraphique). L’ensemble, de plan rectangulaire (55 m x 90 m), s’organise autour d’une cour centrale, avec un pavillon d’entrée orné d’un fronton aux armes de la ville, d’une horloge monumentale (don de Prost-Frères) et d’un campanile. Les façades, en pierre de taille, mêlent arcs plein-cintre et rectangulaires, tandis que les toitures métalliques en tuiles écailles couvrent des brisis à longs pans.
Le projet naît en 1876, lorsque le conseil municipal lance un programme de reconstruction des écoles et de la mairie, centralisant ces fonctions dans un seul bâtiment. Un concours en 1879 est remporté par Ferret et Pinchard, dont les plans intègrent aussi un musée, un gymnase et une école d’industrie (lunetterie, horlogerie). Les travaux, adjugés en 1887, s’achèvent en 1891, avec une inauguration en 1890 en présence du ministre Yves Guyot. L’aile est est surélevée en 1923 après un incendie pour accueillir l’École nationale professionnelle (transférée en 1932). L’édifice, symbole de la modernisation des services publics sous la IIIe République, est inscrit aux Monuments Historiques en 2005 pour ses façades, toitures, vestibules, escalier d’honneur et salle du conseil.
L’histoire du site remonte cependant au début du XIXe siècle : en 1817, l’architecte Denis-Philibert Lapret propose un premier projet de mairie et halle aux blés, achevé en 1821 malgré des problèmes structurels. Des extensions successives (1835, 1846, 1849) y ajoutent une justice de paix, des caveaux, et une remise pour pompes à incendie. Le site accueille aussi une école d’horlogerie (1855–1862), un bureau télégraphique (1860–1897), et des écoles de filles à partir de 1862. Ces usages reflètent l’évolution économique de Morez, marquée par l’industrie horlogère et lunetière, et l’affirmation de son rôle administratif dans le Jura.
Le bâtiment actuel, de style éclectique, illustre l’ambition républicaine de rationaliser l’espace public. Son escalier d’honneur à deux volées dessert une ancienne salle des fêtes, tandis que les inscriptions « Hôtel de Ville » et « 1889–1890 » soulignent sa vocation civique. Les sculptures (chapiteaux, pendentifs) réalisées par G. Delorme en 1893 ornent un édifice où se croisent mémoire locale (armes de la ville) et innovation (toitures métalliques). La cour, récemment dotée d’un préau hexagonal, conserve sa disposition d’origine, témoignant de la pérennité de ce lieu de vie collective.
Propriété de la commune, le groupe scolaire - hôtel de ville - justice de paix reste un repère urbain majeur, situé place Jean-Jaurès. Son inscription en 2005 protège un patrimoine architectural et social, où se lisent les mutations d’une ville industrielle et les idéaux éducatifs de la fin du XIXe siècle.