Origine et histoire des halles
Les Halles de Clisson, datées du XIVe siècle, se situent au centre-ville de Clisson, en Loire-Atlantique, à proximité immédiate du château. L’édifice occupe une superficie d’environ 900 m² et se compose d’une grande nef orientée globalement est‑ouest, longue d’environ 42 m et large de 20 m, encadrée par deux bas‑côtés. Quatre accès desservent les Halles : à l’ouest par la rue des Halles, à l’est par la place Notre‑Dame via un escalier de pierre (rue Basse des Halles), au sud vers la rue et la place du Minage en direction du château, et au nord par la rue des Rémouleurs. La charpente est réalisée en chêne, châtaignier et sapin ; elle repose sur des poteaux de bois répartis en plusieurs travées et établis sur des socles de granite. Classé au titre des monuments historiques par arrêté du 5 février 1923, l’édifice constitue un témoignage patrimonial majeur : il figure parmi les cinq halles à charpente de bois subsistant dans la Bretagne historique, aux côtés de celles de Questembert, du Faouët et de Rohan en Morbihan, et de Plouescat en Finistère.
Élevées sur une place de marché attestée depuis le XIIIe siècle sous Guillaume de Clisson, les Halles répondent à la volonté des seigneurs de favoriser le commerce local et de percevoir les taxes sur certaines marchandises ; une maison du Minage, qui a donné son nom à la rue et à la place voisines, permettait la perception des taxes sur les céréales. Outre leur fonction marchande, les Halles accueillaient les rassemblements lors des grandes fêtes religieuses et la partie basse servait de cour de justice ou d’auditoire. Une datation dendrochronologique réalisée en 2016 situe l’abattage et la mise en œuvre des plus anciens bois vers 1376–1377.
Des fouilles menées par l’INRAP en 2018 sur près de 103 m² sous l’édifice ont mis au jour plusieurs niveaux de structures en creux (fosses, trous de poteaux, piquets) accompagnés d’un mobilier céramique et métallique abondant, ainsi que de nombreux ossements animaux évoquant une activité de boucherie. Le premier niveau, antérieur aux Halles, indique un probable habitat avec un mobilier céramique daté du Xe au XIIe siècle ; le deuxième niveau, associé à une céramique du XIIIe au XVe siècle, est probablement synchrone de la rénovation de la place du marché médiévale et de la construction des halles couvertes ; une troisième phase d’occupation s’étend du XVIe au XVIIIe siècle, puis un dernier niveau correspond aux XIXe–XXIe siècles avant la mise en place de l’enrobé. Ces séquences stratigraphiques éclairent l’organisation et l’évolution des espaces sous les Halles au fil du temps. Le mobilier recueilli est varié et remarquable, mêlant objets domestiques locaux et pièces témoignant d’échanges commerciaux à l’échelle de l’ouest de la France en lien avec la tenue des marchés.
Lors des guerres de Vendée, la ville de Clisson fut incendiée en 1793 après la bataille de Torfou, puis ravagée en 1794 par le passage des Colonnes Infernales ; malgré ces destructions, les Halles figurent parmi les rares bâtiments clissonnais préservés et ont servi d’abri ou de campement tant pour des troupes républicaines que royalistes, les républicains ayant eux‑mêmes éteint le feu qui menaçait l’édifice, même si une partie aurait pu être détruite sans que cela soit documenté. Le 15 septembre 1819, la commune acheta les Halles à Louis‑Henri‑Joseph de Bourbon, prince de Condé, et à sa sœur, prieure du Monastère royal du Temple à Paris ; des réparations urgentes furent engagées et l’aile sud fut agrandie en 1821–1822 pour accueillir une halle aux grains d’inspiration italienne, dotée d’un large passage central et d’une galerie soutenue par onze piliers de section carrée, galerie détruite en juin 1896. Cette aile a successivement abrité une tonnellerie et une poissonnerie ; ce qui en subsiste accueille aujourd’hui l’Office de Tourisme de Clisson et du Vignoble de Nantes.
Les Halles conservent leur vocation première puisque les marchés s’y tiennent toujours et que de nombreuses animations y sont organisées tout au long de l’année ; des commerces pérennes occupent la périphérie (librairie, terrasse de café, épicerie) et l’Office de Tourisme occupe l’aile sud donnant sur la place du Minage. En 2017, la commune a programmé des travaux d’entretien visant la conservation et la mise en valeur du monument : la réparation de la charpente, des maçonneries, la réfection du réseau électrique et la mise en lumière complète de l’édifice. Ces travaux, d’un montant supérieur à 300 000 euros, sont financés par la Direction régionale des affaires culturelles, la Région des Pays de la Loire, le Département de la Loire‑Atlantique et le programme Leader du Pays du Vignoble Nantais (fonds européen agricole pour le développement rural).