Origine et histoire du Hameau du Taxo d'Avall
Le hameau du Taxo d'Avall, aujourd'hui rattaché à Argelès-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales, trouve ses origines au moins dès le IXe siècle. Le site est mentionné pour la première fois en 823 sous le nom de Villa Tacione, associé à une rivière voisine appelée Fluvium Tacitum. Dès le Xe siècle, les textes distinguent clairement deux entités : Villa Tacidone subteriore (Taxo d'Avall, le « bas ») et Villa Tacidone superiore (Taxo d'Amont, le « haut »), révélant une occupation structurée du territoire. L'étymologie du nom suggère un lien avec un propriétaire terrien tardo-romain, Tattius ou Tascius, suivi du suffixe -onem, typique des noms de domaines ruraux de l'Antiquité tardive.
Au XIe siècle, Taxo d'Avall devient un centre de pouvoir avec la construction d'un château, siège d'une vicomté. La première mention d'un vicomte date de 1013 avec Guillem Adalbert I, suivi d'une lignée de seigneurs locaux jusqu'au XIIe siècle. Le château, accompagné d'une église romane dédiée à Saint-Martin et Sainte-Croix, forme un ensemble fortifié caractéristique de l'architecture médiévale catalane. Les vestiges actuels incluent un donjon carré, une tour de guet, et des courtines percées d'archères, tandis que l'église conserve des éléments romans comme des chapiteaux sculptés et une voûte en berceau.
L'histoire politique du site est marquée par des changements de souveraineté. En 1172, le comté de Roussillon passe sous domination aragonaise, transformant la vicomté de Taxo en une seigneurie. Celle-ci change de mains à plusieurs reprises : aux Despuig en 1344 par mariage, puis aux Oms (seigneurs de Calmella) au XIVe siècle, avant d'être cédée en 1668 au baron de Montclar, Joseph de Pons. À la Révolution, en 1790, Taxo d'Avall est intégrée à la commune d'Argelès-sur-Mer, tandis que Taxo d'Amont est rattachée à Saint-André. Les fouilles et études récentes, comme celles publiées en 2020 dans Archéologie du Midi Médiéval, soulignent l'importance du site pour comprendre l'habitat rural médiéval en Roussillon.
Les vestiges architecturaux encore visibles aujourd'hui sont protégés depuis 1986 au titre des monuments historiques. L'église, le donjon et les remnants de l'enceinte fortifiée illustrent l'évolution du site, des origines carolingiennes à son déclin progressif après le Moyen Âge. La toponymie catalane moderne, Tatzó d'Avall, rappelle les racines linguistiques et culturelles profondes de ce hameau, aujourd'hui réduit à un lieu-dit mais porteur d'une mémoire féodale et seigneuriale unique en Occitanie.