Origine et histoire
Le haras de Tarbes, créé en 1806 sous Napoléon Ier, s’inscrit dans la relance des haras impériaux après leur suppression pendant la Révolution. Initialement installé dans l’ancien séminaire de la ville, il est ensuite transféré sur son site actuel, les Salles d’Ancizan. Ce projet répond à une volonté de développer l’élevage national pour réduire les importations de chevaux, une préoccupation déjà présente sous Louis XIV avec Colbert. Les bâtiments, construits tout au long du XIXe siècle, forment un ensemble harmonieux marqué par le style Empire, avec des innovations architecturales comme des voûtes en fonte.
Le haras est indissociable de la création du cheval navarrin, issu de croisements entre races locales, anglaises et arabes, considéré comme le meilleur cheval d’armes européen au XIXe siècle. Au fil du temps, son activité évolue vers l’élevage de chevaux de compétition, notamment l’Anglo-arabe français, mais aussi des Pur-sang arabes, Mérens ou Comtois. En 2016, après sa mise en vente par l’IFCE pour manque de rentabilité, la mairie de Tarbes le rachète pour 2 millions d’euros, sauvant ce patrimoine historique et ouvrant la voie à de nouveaux projets culturels et équestres.
L’ensemble architectural, classé Monument Historique en 1975 pour ses façades et toitures, se distingue par des équipements spécialisés : une maréchalerie fonctionnelle avec deux zones de ferrage (à la française et pour chevaux lourds), des écuries aux architectures variées (comme l’écurie Devèze, la plus ancienne, ou l’écurie Larrieu, fin XIXe), et une Maison du Cheval transformée en espace d’exposition. Le parc, doté d’allées cavalières et d’arbres bicentenaires, accueille aussi des événements comme des concours de saut d’obstacles. La modernisation inclut des techniques de reproduction équine (saillie et insémination artificielle) et des projets futurs comme un club équestre militaire ou un restaurant gastronomique dans l’ancienne maison du directeur.
Le haras illustre aussi les mutations des haras nationaux, passés de dépôts d’étalons royaux (XVIIe siècle) à des outils impériaux, puis à des structures publiques avant leur privatisation partielle. Son rachat par la ville en 2016 marque un tournant, avec un programme d’investissement de 5 millions d’euros sur 4 ans pour restaurer les bâtiments historiques et développer des activités pédagogiques (équithérapie, visites guidées). Le site, situé dans le quartier de la Gespe, est désormais un lieu de médiation entre patrimoine équestre et public, à l’image de la Sellerie d’Honneur (1823), qui conserve des harnachements d’époque.
Enfin, le haras de Tarbes incarne un modèle architectural novateur pour son époque, conçu dès l’origine comme un dépôt d’étalons. Ses bâtiments, comme l’écurie d’honneur aux voûtes lambrissées soutenues par des tirants en fonte, reflètent une réflexion fonctionnelle et esthétique rare au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, entre mémoire historique (concours, expositions) et adaptation contemporaine (rénovations, nouveaux usages), le site reste un symbole du lien entre l’homme et le cheval en Occitanie.