Frise chronologique
14 avril 1916
Inauguration mosquée du bois de Vincennes
Inauguration mosquée du bois de Vincennes
14 avril 1916 (≈ 1916)
Première mosquée de France métropolitaine.
1914–1919
Hôpital de campagne pour soldats musulmans
Hôpital de campagne pour soldats musulmans
1914–1919 (≈ 1917)
Nogent-sur-Marne, 5 000 soldats soignés.
juillet 1926
Inauguration Grande mosquée de Paris
Inauguration Grande mosquée de Paris
juillet 1926 (≈ 1926)
Discours de Doumergue sur les sacrifices nord-africains.
octobre 1926
Création du Comité Laffont
Création du Comité Laffont
octobre 1926 (≈ 1926)
Projet d’hôpital réservé aux musulmans.
24 septembre 1930
Déclaration d’utilité publique
Déclaration d’utilité publique
24 septembre 1930 (≈ 1930)
Terrain acquis à Bobigny malgré oppositions.
22 mars 1935
Inauguration hôpital franco-musulman
Inauguration hôpital franco-musulman
22 mars 1935 (≈ 1935)
300 lits, architecture hybride.
1937
Ouverture cimetière musulman de Bobigny
Ouverture cimetière musulman de Bobigny
1937 (≈ 1937)
Géré par l’AP-HP jusqu’aux années 1990.
novembre 1940
Réquisition par l’armée allemande
Réquisition par l’armée allemande
novembre 1940 (≈ 1940)
Matériel médical déménagé clandestinement.
1942–1944
Résistance et soins clandestins
Résistance et soins clandestins
1942–1944 (≈ 1943)
Hébergement de résistants et aviateurs.
1968
Devenu centre hospitalier universitaire
Devenu centre hospitalier universitaire
1968 (≈ 1968)
Intégration à l’enseignement médical.
1978
Renommé hôpital Avicenne
Renommé hôpital Avicenne
1978 (≈ 1978)
Hommage au médecin persan.
1992–2003
Découvertes archéologiques gauloises
Découvertes archéologiques gauloises
1992–2003 (≈ 1998)
Nécropole de 521 tombes (âge du fer).
25 janvier 2006
Classement partiel aux Monuments Historiques
Classement partiel aux Monuments Historiques
25 janvier 2006 (≈ 2006)
Porche, façades, chapelle funéraire protégés.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Le porche d'entrée dans son ensemble ; les façades (y compris la colonnade) et toitures de la partie centrale du bâtiment Larrey ; le hall d'entrée et la salle du conseil ; la chapelle funéraire de la morgue (cad. D 44, cf plan annexé à l'arrêté) : inscription par arrêté du 25 janvier 2006
Personnages clés
| Avicenne (Ibn Sina) - Médecin et philosophe persan (Xe–XIe s.) |
Inspiration du nom actuel depuis 1978. |
| Amédée Laffont - Médecin d’Alger |
Initiateur du projet d’hôpital musulman. |
| André-Pierre Godin - Administrateur colonial et conseiller municipal |
Président du Comité Laffont, promoteur du projet. |
| Maurice Mantout - Architecte |
Co-concepteur, aussi architecte de la Grande mosquée. |
| Léon Azéma - Architecte |
Co-auteur du bâtiment pavillonnaire. |
| Adolphe Gérolami - Premier directeur (1932–?) |
Ancien administrateur colonial en Algérie. |
| Ahmed Somia - Médecin résistant |
Organisa soins clandestins en 1943–1944. |
| Alice Rollen - Pharmacienne |
Analyses illégales pour la population. |
| Abdhelafid Haffa - Concierge résistant |
Hébergea clandestins dans sa loge. |
| Marie Rose Moro - Pédopsychiatre |
Fondatrice de la psychiatrie transculturelle. |
| Tobie Nathan - Ethnopsychiatre |
Pionnier des approches culturelles en santé. |
| Jacques Brel - Chanteur et artiste |
Décédé à l’hôpital en 1978. |
Origine et histoire
L’hôpital Avicenne de Bobigny, inauguré en 1935 sous le nom d’hôpital franco-musulman, fut conçu pour soigner les populations maghrébines de la région parisienne. Porté par le Comité Laffont et l’administrateur colonial André-Pierre Godin, il répondait à un double objectif : offrir des soins gratuits tout en servant d’outil de surveillance policière des Nord-Africains, dans un contexte de méfiance envers l’immigration post-Première Guerre mondiale. Son architecture, signée Maurice Mantout et Léon Azéma, mêle modernisme (béton armé, toits-terrasses) et éléments néo-mauresques (porche inspiré de Bab Mansour el Aleuj, mosaïques bilingues), reflétant une volonté d’adaptation culturelle sous contrôle colonial.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôpital fut réquisitionné par l’armée allemande en 1940 avant d’être rendu au régime de Vichy en 1941. Malgré cette occupation, il devint un lieu de résistance passive : le personnel, dont le médecin Ahmed Somia et la pharmacienne Alice Rollen, organisa des soins clandestins pour résistants et aviateurs alliés, notamment dans le service des tuberculeux, moins surveillé. La résistance s’y structura autour d’hébergements secrets et de falsifications médicales, avec la complicité de la mairie de Bobigny.
Après 1945, l’hôpital s’ouvrit progressivement à tous les patients, perdant son caractère exclusif. En 1978, il fut renommé Avicenne en hommage au médecin persan, effaçant partiellement son passé colonial tout en conservant des éléments architecturaux classés (porche, chapelle funéraire de la morgue, façades du bâtiment Larrey, inscrits en 2006). Aujourd’hui intégré au groupe Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis, il allie soins, recherche et enseignement, tout en abritant un site archéologique majeur : une nécropole gauloise de 521 tombes (IIe–Ier siècle av. J.-C.), découverte lors de fouilles préventives en 2002–2003.
Le site hospitalier repose partiellement sur les vestiges d’un village gaulois d’artisans (350 av. J.-C.–110 ap. J.-C.), révélé par des fouilles en 1992 et 1995. Les objets exhumés (fibules, panoplies de guerriers, monnaies) et les analyses parasitologiques ont montré une population en relative bonne santé, contrastant avec les conditions sanitaires médiéviales ultérieures. Une partie de ces découvertes fut exposée dans le hall de l’hôpital jusqu’en 2009, soulignant le dialogue entre patrimoine archéologique et histoire médicale.
L’hôpital Avicenne incarne ainsi plusieurs strates historiques : un héritage colonial controversé (surveillance des migrants, ségrégation initiale), une architecture hybride, une résistance discrète pendant la guerre, et une réinvention postcoloniale comme établissement universitaire. Son cimetière musulman adjacent, créé en 1937 et géré par l’AP-HP jusqu’aux années 1990, ainsi que sa Permanence d’accès aux soins de santé (PASS), perpétuent une mission sociale élargie, loin de sa vocation première.