Origine et histoire de l'hôpital Caroline
L’hôpital Caroline a été édifié entre 1823 et 1828 sur l’île de Ratonneau, dans l’archipel du Frioul à Marseille, sous la direction de l’architecte Michel-Robert Penchaud. Destiné à accueillir les voyageurs en quarantaine, notamment en cas de suspicion de fièvre jaune, il répondait à des critères stricts : isolement, aération par les vents, proximité de la mer pour l’approvisionnement en eau, et facilité de surveillance. Son nom rend hommage à Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry.
L’ensemble architectural, organisé autour d’une chapelle centrale en forme de temple grec, comprenait des pavillons distincts pour les malades, les convalescents, les bains, et une capitainerie. Les bâtiments, conçus avec une économie de moyens, utilisaient des modules standardisés produits en série. La chapelle, visible de tous, permettait aux malades d’assister aux offices depuis leurs dortoirs, tandis que son podium servait de sas pour le matériel médical. L’hôpital, initialement prévu pour 200 personnes, fut réduit à 48 malades et 24 convalescents pour des raisons budgétaires.
Dès les années 1850, l’hôpital fut transformé par l’architecte Vaucher et intégré au « Lazaret des îles », le plus vaste complexe méditerranéen de ce type. Utilisé jusqu’en 1941 pour des épidémies comme le typhus, il fut détruit par des bombardements en 1944 lors de la Libération de Marseille. Classé monument historique en 1980, le site fut restauré à partir des années 1980 par l’Association Caroline, puis par Acta Vista depuis 2007. Aujourd’hui, il accueille des événements culturels, dont le festival MIMI.
L’Association Caroline (1980-2004) mena d’importants travaux de réhabilitation, s’appuyant sur des chantiers bénévoles et des partenariats avec la prison des Baumettes pour des ateliers de réinsertion. Elle restaura plusieurs pavillons, dont Saint-Roch, l’infirmerie, et la chapelle, cette dernière symbolisant le cœur spirituel et architectural du site. Les matériaux d’origine, comme le marbre de la chapelle, furent préservés sous le contrôle des Architectes des Bâtiments de France. L’association organisa aussi des festivals, attirant un public fidèle.
Depuis 2007, Acta Vista a repris la restauration, formant plus de 500 personnes aux métiers du patrimoine. Les travaux ont inclus la consolidation des pavillons Chevalier Roze et des Intendants, ainsi que la couverture de 1 300 m2 de toitures. L’association Les Amis de Michel-Robert Penchaud, créée la même année, promeut la connaissance de l’architecte et la valorisation du site, désormais ouvert au public le premier samedi de chaque mois grâce à des visites guidées.
L’hôpital Caroline illustre l’évolution des pratiques sanitaires au XIXe siècle, passant d’un modèle de quarantaine basé sur les miasmes à une approche médicale moderne. Son architecture, adaptée à sa fonction initiale, en fait un témoignage unique des lazarets méditerranéens. Malgré les destructions de 1944, les restaurations successives ont permis de préserver ce patrimoine, aujourd’hui à la fois lieu de mémoire et espace culturel dynamique.