Origine et histoire de l'hôpital civil
L’hôpital civil de Haguenau trouve ses origines au XIIe siècle, lorsque l’empereur Frédéric Barberousse fonde en 1189 l’hôpital Saint-Nicolas, destiné aux pèlerins, hors des murs de la ville. Dès que Haguenau obtient son indépendance, la ville souhaite disposer de son propre hôpital. En 1328, le Prévôt Impérial Ottelin Truttmann offre une maison sur la place d’Armes pour y soigner les malades, marquant la naissance de l’hôpital bourgeois. Des dons successifs (terres, forêts, immeubles) enrichissent son patrimoine, mais l’établissement subit des destructions répétées entre 1570 et 1677 (ouragan, incendie).
La reconstruction majeure intervient en 1757 sous la direction de Georges-Joseph Barth, sous-greffier de la ville, qui conçoit un édifice en fer à cheval avec une cour intérieure et des façades ornées de sculptures et rocailles. La chapelle, cœur de l’hôpital, est couverte d’une coupole et permet aux malades d’assister aux offices depuis les salles. En 1883, l’hôpital militaire voisin est rattaché à l’établissement civil, qui s’agrandit encore au XXe siècle (années 1950-1960) avec l’acquisition d’un bâtiment militaire transformé en maison de retraite.
L’hôpital, inscrit aux monuments historiques depuis 1930, subit des dommages en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être reconstruit et modernisé. En 1968, un pavillon préfabriqué accueille la maternité, la pédiatrie et les salles d’accouchement. Avec 410 lits répartis en chirurgie, médecine, pédiatrie et gériatrie, il devient aussi un lieu de formation pour les étudiants en médecine de Strasbourg à partir de 1950. Aujourd’hui désaffecté, il témoigne de huit siècles d’histoire hospitalière alsacienne.
L’architecture allie fonctionnalité et décor : les façades, soigneusement sculptées, mêlent visages humains et motifs végétaux (rocailles). Les sous-sols, voûtés en berceau ou d’arêtes, supportent une structure robuste, tandis que la chapelle Saint-Martin, bénie en 1329 puis reconstruite après les destructions, illustre l’évolution des styles religieux. Le projet initial de Joseph Massol inspire Barth, et Jean-Baptiste Chassain intervient pour la chapelle en 1759. L’aile militaire de 1812 et les agrandissements de 1863 (par l’architecte Petiti) complètent cet ensemble hétéroclite.
La vocation sociale de l’hôpital évolue avec les époques : refuge pour pèlerins au Moyen Âge, lieu de soins pour les malades à partir du XIVe siècle, puis établissement moderne intégrant formation médicale et spécialisations (maternité, gériatrie). Les legs et dons privés, comme celui d’Erlewin Truttmann en 1328, soulignent l’engagement communautaire autour de cet édifice, symbole de résilience face aux guerres et catastrophes naturelles.