Origine et histoire de l'hôpital civil
L’Hôpital civil de Strasbourg trouve ses origines en 1119, selon une charte de 1143, bien qu’une légende l’associe à saint Odile au VIIe siècle. Initialement situé près de la cathédrale, il était géré par des religieux et destiné aux soins spirituels des pauvres et pèlerins. Son rôle caritatif s’inscrivait dans le contexte médiéval des institutions ecclésiastiques, où la charité chrétienne structurait l’assistance aux plus démunis.
Au XIVe siècle, face aux épidémies de peste et aux famines, l’hôpital fut déplacé hors des murs de Strasbourg, près de la « porte de l’Hôpital ». Détruit en 1392 pour raisons militaires, il fut reconstruit en 1398 sur son emplacement actuel. La cave des Hospices, datant de 1395, symbolisait alors l’autosuffisance de l’institution, accueillant malades, pauvres, et voyageurs. Une chapelle dédiée fut achevée en 1428, et une boulangerie ouverte en 1572, reflétant l’expansion de ses activités.
Un incendie dévastateur en 1716 rasa l’essentiel des bâtiments, épargnant seulement l’économat, la boulangerie, et la cave médiévale. La reconstruction, menée à partir de 1718 par l’architecte F.-R. Mollinger, donna naissance au bâtiment principal actuel. Le XVIIIe siècle marqua aussi un tournant pédagogique : en 1738, des leçons pratiques y furent instaurées pour les étudiants en médecine, sous l’impulsion du professeur Jean-Jacques Sachs, préfigurant le modèle hospitalo-universitaire.
La période allemande (1871-1918) transforma radicalement le site. Les autorités impériales y érigèrent des instituts médicaux modernes (anatomie, physiologie, bactériologie) et des cliniques spécialisées (chirurgie, psychiatrie, gynécologie), intégrant la recherche universitaire aux soins. Une convention de 1872 officialisa la collaboration entre l’université et l’hôpital, posant les bases d’un système encore visible aujourd’hui. Entre 1881 et 1914, une dizaine de cliniques furent créées, dont une maternité (1911) et un service de radiologie (1912).
Le XXe siècle fut marqué par les conflits mondiaux. En 1939, l’hôpital fut évacué vers Clairvivre (Dordogne), où il devint un symbole de la Résistance. Après 1945, la faculté de médecine se développa indépendamment du site hospitalier, avec la construction de nouveaux bâtiments dans les années 1960. En 2008, le Nouvel Hôpital Civil (NHC), un monobloc conçu par Claude Vasconi, centralisa la plupart des services, tout en préservant des pavillons historiques comme la cave du XIVe siècle ou l’ancienne pharmacie.
Aujourd’hui, l’Hôpital civil de Strasbourg allie patrimoine et modernité. Plusieurs éléments, dont la tour-porte médiévale, la salle d’anatomie (1740), et le pavillon animalier (1921) de Patrice Bonnet, sont classés Monuments historiques. Le site abrite toujours des activités médicales, universitaires, et des projets de réhabilitation, comme le technoparc Nextmed dédié aux technologies médicales. Son histoire reflète les mutations sociales, scientifiques et politiques de l’Alsace, de l’assistance médiévale à l’excellence médicale contemporaine.