Origine et histoire de l'hôpital de la Charité
L’hôpital de la Charité de Dole fut construit entre 1698 et 1760 sur le Bastion Saint-André, à l’initiative de Louis XIV, dans un contexte post-guerre marqué par la pauvreté et l’augmentation des orphelins en Franche-Comté. Ce projet s’inscrivait dans une volonté de moraliser la société en éradiquant la mendicité, interdite par le roi. L’institution accueillait jusqu’à 60 enfants pauvres ou orphelins âgés de 9 à 20 ans, leur offrant une éducation religieuse, morale et professionnelle. Les pensionnaires, encadrés par des gouvernantes, étaient formés à un métier avant d’être placés chez des artisans avec un trousseau. Le règlement, extrêmement strict, prévoyait des châtiments corporels et des enfermements en cellule en cas de rébellion, comme en témoignent les anneaux encore visibles au rez-de-chaussée.
Le bâtiment, conçu comme un espace à la fois caritatif et carcéral, était entouré de murs, de grilles et de canaux (Rhône-au-Rhin et des Tanneurs) pour isoler ses occupants et dissuader les évasions. Son architecture symétrique, inspirée des arsenaux militaires, reflétait la puissance du royaume de France : le fronton orné de fleurs de lys, de canons et de drapeaux dominait la ville, rappelant la soumission de la Franche-Comté après les guerres du XVIIe siècle. À l’origine, un clocher comtois distinguait l’édifice de sa fonction religieuse, mais il a aujourd’hui disparu. Le parc, autrefois utilisé comme potager thérapeutique pour les convalescents, abritait aussi des casemates d’artillerie, réutilisées par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.
En 1798, les Ursulines transformèrent la Charité en école religieuse pour filles et en asile pour femmes âgées, malgré des conditions insalubres : réfectoire inondable, douches collectives hebdomadaires, et surpopulation. La laïcisation de 1886 força leur départ, laissant place à l’école Jeanne d’Arc, puis à un cours primaire supérieur préparant au métier d’institutrice, l’une des rares voies professionnelles ouvertes aux femmes. Pendant les deux guerres mondiales, le site servit d’hôpital militaire, avec une interruption des cours en 1939-1940. Depuis 1965, il abrite une annexe du lycée Charles Nodier, tandis que son parc, aux accès restreints pour raisons de sécurité, conserve des vestiges des batteries allemandes de 1940.
Classé Monument Historique en 1948 (hôpital) et 1949 (bastion), le bâtiment illustre l’évolution des politiques sociales et éducatives, passant d’un modèle répressif sous l’Ancien Régime à une vocation scolaire laïque. Son histoire reflète aussi les bouleversements militaires et religieux de la Franche-Comté, entre héritage royal, occupation allemande et adaptations modernes. Aujourd’hui, les anneaux de prison, le fronton symbolique et les casemates rappellent cette dualité entre charité et contrôle social.