Origine et histoire de l'hôpital de la Charité
L’hôpital de la Charité de Senlis trouve son origine dans un vœu formulé en 1647 par Jacques Joly, prêtre et avocat parisien originaire de Senlis. Par un acte notarié, il lègue ses biens pour créer un hôpital, mais son don s’avère insuffisant. Après sa mort en 1652, les religieux de la Charité de Paris, de l’ordre des hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, tentent d’acquérir un immeuble à Senlis, mais se heurtent à des problèmes juridiques et financiers, notamment une escroquerie liée à la propriété de l’hôtel du Paon, dépendant de l’abbaye de Chaalis. Les échevins de Senlis, sceptiques, imposent des délais aux hospitaliers, qui finissent par obtenir les lettres patentes royales en 1668, permettant la fondation officielle de l’hôpital.
L’établissement ouvre solennellement en 1670 avec quinze lits, financés par des dons sous forme de rentes. Initialement destiné aux pauvres et aux malades, il se spécialise rapidement dans l’accueil des malades mentaux et des pensionnaires payants, dont des criminels atteints de troubles psychiatriques. Les bâtiments s’agrandissent progressivement, avec une première chapelle bénie en 1670 et une église construite entre 1706 et 1715, après la démolition de la première chapelle, victime de malfaçons. L’hôpital développe aussi des services pour les soldats invalides et les officiers traumatisés, tout en maintenant une infirmerie pour les malades indigents.
Sous l’Ancien Régime, la Charité de Senlis se distingue par une gestion rigoureuse et une spécialisation psychiatrique innovante. Les pensionnaires, souvent internés sur ordre royal ou familial, bénéficient de soins humanistes, incluant des régimes adaptés (liberté, semi-liberté, enfermement) et des activités thérapeutiques comme la lecture ou les jeux. L’hôpital génère des revenus grâce aux pensionnaires aisés, permettant des agrandissements continus jusqu’en 1752. Malgré des tensions avec les autorités locales sur les exemptions fiscales, il reste le seul établissement religieux de Senlis épargné par la Révolution, grâce à son utilité sociale.
La Révolution transforme l’hôpital en Hospice civil de la Charité en 1792, avant sa fusion avec l’hôpital Saint-Lazare en 1833. Les bâtiments, vendus à la ville et au département de l’Oise, sont reconvertis : l’infirmerie devient une école, l’église un musée, et les ailes psychiatriques une prison en 1840. Classé Monument historique en 1942, le site subit des destructions pendant la Première Guerre mondiale, notamment le bâtiment conventuel rue de la République. Aujourd’hui, une partie des locaux abrite des logements, tandis que l’église, désaffectée, attend une nouvelle vocation.
Architecturalement, l’hôpital mêle classicisme et fonctionnalité. L’église, orientée sud-nord pour s’adapter au terrain, présente une façade baroque avec pilastres et fronton triangulaire. L’infirmerie de 1708, dotée d’un clocher en charpente, et les ailes psychiatriques, aux façades austères côté rue mais lumineuses côté cour, reflètent l’évolution des besoins médicaux. Les caves, l’ossuaire souterrain et les traces des transformations carcérales (1843) témoignent des multiples vies de ce lieu, symbole des progrès et des contradictions de la médecine mentale pré-moderne.