Origine et histoire
L’hôpital Saint-Jean de Sens occupe l’emplacement de l’ancienne abbaye Saint-Jean-lès-Sens, fondée au Ve ou VIe siècle par l’archevêque saint Héracle sous les Mérovingiens. Ce monastère, initialement en ruines au XIIe siècle, fut restauré pour accueillir une communauté de chanoines réguliers de saint Augustin. L’abbatiale gothique, construite au XIIIe siècle, ne conserve aujourd’hui que son chœur et quelques travées de nef, le reste ayant été reconstruit aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’ensemble fut vendu comme bien national en 1792 et transformé en hôpital, avec des extensions majeures au XXe siècle.
L’église, classée monument historique dès 1862, se distingue par son chœur médiéval exceptionnellement lumineux, ses hautes baies gothiques et une façade ionique du XVIIe siècle ornée d’une rose flamboyante. Les bâtiments conventuels en U, datés du XVIIIe siècle, abritent un cloître aux toits brisés et lucarnes de pierre. Le site, anciennement hors les murs de Sens sur l’axe commercial vers Troyes, jouait un rôle clé dans les échanges liés aux foires de Champagne.
Au XXIe siècle, la chapelle Saint-Jean, fermée au public et en péril, a fait l’objet d’une mobilisation citoyenne menée par l’association Sens Patrimoine. En 2024, elle fut sélectionnée pour le Loto du patrimoine grâce à l’intervention de l’étudiant Mkrtitch Martirossyan, qui alerta Stéphane Bern sur son état critique. En janvier 2025, l’association a saisi le tribunal administratif de Dijon pour contraindre le Centre hospitalier de Sens à engager des travaux d’urgence, accusant une inaction prolongée ayant aggravé sa dégradation.
Les sources historiques soulignent l’importance économique et religieuse de l’abbaye, liée à des exploitations agricoles (comme à Lixy) et à un prieuré à Chaumont. Les plans anciens, peut-être conservés à la Bibliothèque nationale, témoignent de son évolution architecturale, marquée par des incendies (comme en 1416) et des reconstructions. Aujourd’hui, le site mêle patrimoine médiéval, classique et hospitalier, illustrant près de 15 siècles d’histoire.
L’accès à l’église se fait désormais par une porte latérale du déambulatoire nord, les portails originaux étant obstrués. La façade, avec son fronton triangulaire et ses portails latéraux surmontés d’oculus, reflète les transformations des XVIIe et XVIIIe siècles. Malgré son classement, la chapelle reste menacée par le délabrement, symbolisant les défis de la préservation du patrimoine hospitalier en France.