Origine et histoire de l'hospice Saint-Nicolas
L’hospice Saint-Nicolas de Metz, attesté dès le XIe siècle, est le plus ancien hôpital de la ville. Bien que sa fondation exacte reste incertaine, des archives mentionnent une donation de l’évêque Bertram (mort en 1202) et une bulle du pape Innocent III (1216) le décrivant comme un établissement « déjà ancien ». À l’origine appelé « Gran Ospital » ou « Hopital du Neufbourg », il était destiné aux pauvres, lépreux et pestiférés, et fut enrichi par des legs de la cité messine. Au Moyen Âge, il abritait aussi le trésor municipal et servait de lieu de stockage pour des pièces d’artillerie.
Au XVIe siècle, l’hospice, initialement entouré de vergers hors des remparts, se retrouva encerclé par l’urbanisation. Son portail gothique flamboyant, édifié en 1514 par Clausse de Ranconval, et sa fontaine monumentale de 1739 (classée en 1929) illustrent son évolution architecturale. Après la Révolution, il devint le principal établissement hospitalier de Metz, accueillant jusqu’à 831 personnes en 1781. Malgré des projets de modernisation au XIXe siècle (pavillon Saint-Joseph en 1826, église en 1841), il ferma en 1986, après avoir abrité un centre de formation puis une agence Pôle emploi.
L’hospice fut géré par les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, dont sœur Hélène Studler, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses éléments protégés incluent le portail de 1514, la façade sud (XVIe siècle), un escalier et le sol de la cour (classés en 1993). Symbole de la charité messine, il reflète près de mille ans d’histoire hospitalière, marquée par des fusions avec d’autres établissements (léproseries, hôpital des Allemands) et une adaptation constante aux besoins sanitaires et sociaux.
Les archives révèlent son rôle multifonctionnel : asile pour les lépreux (réuni à Saint-Ladre en 1224), refuge pour les pestiférés (ferme de la Cour-aux-Gelines au XVIe siècle), et lieu d’accueil pour les pèlerins (hôpital Saint-Jacques jusqu’en 1728). Son église, dotée d’autels dédiés à Notre-Dame (1358) et Sainte-Barbe (1401), abritait aussi une statue équestre de saint Martin. La chapelle Saint-Louis, rasée en 1552, et son cimetière, gardé par un ermite, soulignent son ancrage religieux et communautaire.
Au XIXe siècle, des projets ambitieux (translation à Saint-Clément en 1825, reconstruction en 1850) échouèrent faute de financements, malgré des travaux partiels comme le pavillon Saint-Joseph (1817–1826). La Commission administrative tenta à plusieurs reprises de le déplacer (notamment vers l’actuel lycée Fabert en 1801), mais les contraintes budgétaires maintinrent l’hospice dans ses murs historiques. Son déclin s’amorça avec la centralisation des soins, aboutissant à sa fermeture en 1986.
Aujourd’hui, l’hospice Saint-Nicolas, propriété privée, conserve des traces de son passé : le tympan gothique restauré au XIXe siècle, la fontaine classée, et des façades du XVIe siècle. Son histoire, mêlée à celle de Metz, en fait un témoin majeur de l’évolution de la médecine, de la charité et de l’urbanisme en Lorraine, du Moyen Âge à l’époque contemporaine.