Logo Musée du Patrimoine

Tout le patrimoine français classé par régions, départements et villes

Hôtel Amelot de Bisseuil à Paris

Patrimoine classé Hotel particulier classé

Hôtel Amelot de Bisseuil à Paris

    47 Rue Vieille-du-Temple
    75004 Paris

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1407
Assassinat de Louis Ier d’Orléans
1638
Achat par Denis Amelot de Chaillou
1657–1660
Construction par Pierre Cottard
1685
Culte protestant clandestin
1766
Baptême de Mademoiselle Necker
1776–1787
Location par Beaumarchais
1924
Classement monument historique
2010
Achat par Acanthe Développement
2016
Restauration des façades et intérieurs
2017
Revente à un investisseur belge
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Jean II de Rieux - Seigneur et militaire Propriétaire de l’hôtel de Rieux, précurseur du site.
Pierre de Rieux - Compagnon de Jeanne d’Arc Habita l’hôtel de Rieux au XVe siècle.
Denis Amelot de Chaillou - Propriétaire et reconstructeur Acheta le site en 1638 et lança les travaux.
Jean-Baptiste Amelot, vicomte de Bisseuil - Maître des requêtes Poursuivit la construction après 1657.
Pierre Cottard - Architecte de Louis XIV Conçut l’hôtel entre 1657 et 1660.
Marcus Guitton - Chapelain de l’ambassade de Hollande Organisa un culte protestant clandestin en 1685.
Beaumarchais - Dramaturge et entrepreneur Loua l’hôtel (1776–1787) pour soutenir les Américains.
Paul Brenot - Pionnier de la TSF Restaura l’hôtel après son achat en 1924.
Paul-Louis Weiller - Industriel et mécène Propriétaire de 1951 à 1998, y reçut des célébrités.
Thomas Regnaudin - Sculpteur Auteur du bas-relief des Renommées (1660).
Michel Corneille l’Ancien - Peintre Auteur du plafond de la galerie de Psyché.

Origine et histoire

L’hôtel Amelot de Bisseuil, construit au XVIIe siècle dans le quartier du Marais à Paris (4e arrondissement), est aussi appelé Hôtel des Ambassadeurs de Hollande. Son nom proviendrait soit de son usage comme résidence pour l’ambassadeur de Hollande, soit de son rôle pendant la révocation de l’édit de Nantes : en 1685, le chapelain Marcus Guitton y aurait maintenu un culte protestant clandestin dans sa chapelle, aujourd’hui disparue. Classé monument historique en 1924, il illustre les tensions religieuses de l’époque et les stratégies d’adaptation des huguenots parisiens.

L’hôtel occupe l’emplacement de l’ancien hôtel de Rieux, lié à des figures médiévales comme Jean II de Rieux, compagnon de Du Guesclin, et son fils Pierre, qui combattit aux côtés de Jeanne d’Arc. En 1407, l’assassinat de Louis Ier d’Orléans, frère de Charles VI, eut lieu à proximité, et son corps fut transporté dans cet hôtel. Au XVIIe siècle, Denis Amelot de Chaillou en fit l’acquisition en 1638 et entreprit une reconstruction totale, reprise après sa mort par son fils, Jean-Baptiste Amelot, vicomte de Bisseuil. Les travaux, dirigés par l’architecte Pierre Cottard (1657–1660), donnèrent à l’hôtel sa structure actuelle, avec deux cours atypiques et des décors somptueux.

L’hôtel connut des résidents illustres : en 1766, Mademoiselle Necker (future Madame de Staël) y fut baptisée dans la chapelle protestante. De 1776 à 1787, Beaumarchais y loua l’intégralité des lieux pour y fonder une compagnie maritime fictive, Roderiguez, Hortalez et Cie, destinée à soutenir les insurgés américains. Il y écrivit Le Mariage de Figaro (1778) et Tarare (1787). Au XXe siècle, l’hôtel fut restauré par des propriétaires successifs, comme Paul Brenot (pionnier de la TSF) ou Paul-Louis Weiller, qui y reçut des personnalités comme Nixon, Charlie Chaplin ou Greta Garbo.

L’architecture de l’hôtel, marquée par l’influence de Pierre Cottard, se distingue par ses deux cours (une étroite avec balcon à balustres, une seconde ornée de statues allégoriques), ses cadrans solaires uniques conçus par le père Truchet, et ses décors intérieurs classés. La galerie de Psyché abrite des plafonds peints par Michel Corneille l’Ancien, tandis que le salon de Flore conserve des œuvres de Joseph-Marie Vien. En 2016, une restauration majeure (2 millions d’euros) permit de préserver ces éléments, avant sa vente en 2010 pour 38 millions d’euros, puis en 2017 à un investisseur belge pour 69 millions, en vue de sa transformation en hôtel de luxe.

Le site fut également un lieu de tournage, comme pour la série Les Liaisons dangereuses (2003). Son histoire reflète les évolutions sociales et politiques de Paris, des guerres de Religion à la mondanité du XXe siècle, en passant par son rôle dans la Révolution américaine. Aujourd’hui, il incarne à la fois un patrimoine architectural exceptionnel et un témoignage des réseaux diplomatiques et culturels européens.

Liens externes