Frise chronologique
1407
Assassinat de Louis Ier d’Orléans
Assassinat de Louis Ier d’Orléans
1407 (≈ 1407)
Corps transporté à l’hôtel de Rieux, ancêtre du site.
1638
Achat par Denis Amelot de Chaillou
Achat par Denis Amelot de Chaillou
1638 (≈ 1638)
Début de la reconstruction de l’hôtel.
1657–1660
Construction par Pierre Cottard
Construction par Pierre Cottard
1657–1660 (≈ 1659)
Travaux commandés par Jean-Baptiste Amelot.
1685
Culte protestant clandestin
Culte protestant clandestin
1685 (≈ 1685)
Chapelle utilisée après la révocation de l’édit de Nantes.
1766
Baptême de Mademoiselle Necker
Baptême de Mademoiselle Necker
1766 (≈ 1766)
Future Madame de Staël, dans la chapelle.
1776–1787
Location par Beaumarchais
Location par Beaumarchais
1776–1787 (≈ 1782)
Siège de sa compagnie maritime pour les insurgés américains.
1924
Classement monument historique
Classement monument historique
1924 (≈ 1924)
Protection officielle de l’État français.
2010
Achat par Acanthe Développement
Achat par Acanthe Développement
2010 (≈ 2010)
Vente pour 38 millions d’euros.
2016
Restauration des façades et intérieurs
Restauration des façades et intérieurs
2016 (≈ 2016)
Travaux pour 2 millions d’euros.
2017
Revente à un investisseur belge
Revente à un investisseur belge
2017 (≈ 2017)
Projet d’hôtel de luxe (69 millions d’euros).
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Jean II de Rieux - Seigneur et militaire |
Propriétaire de l’hôtel de Rieux, précurseur du site. |
| Pierre de Rieux - Compagnon de Jeanne d’Arc |
Habita l’hôtel de Rieux au XVe siècle. |
| Denis Amelot de Chaillou - Propriétaire et reconstructeur |
Acheta le site en 1638 et lança les travaux. |
| Jean-Baptiste Amelot, vicomte de Bisseuil - Maître des requêtes |
Poursuivit la construction après 1657. |
| Pierre Cottard - Architecte de Louis XIV |
Conçut l’hôtel entre 1657 et 1660. |
| Marcus Guitton - Chapelain de l’ambassade de Hollande |
Organisa un culte protestant clandestin en 1685. |
| Beaumarchais - Dramaturge et entrepreneur |
Loua l’hôtel (1776–1787) pour soutenir les Américains. |
| Paul Brenot - Pionnier de la TSF |
Restaura l’hôtel après son achat en 1924. |
| Paul-Louis Weiller - Industriel et mécène |
Propriétaire de 1951 à 1998, y reçut des célébrités. |
| Thomas Regnaudin - Sculpteur |
Auteur du bas-relief des Renommées (1660). |
| Michel Corneille l’Ancien - Peintre |
Auteur du plafond de la galerie de Psyché. |
Origine et histoire
L’hôtel Amelot de Bisseuil, construit au XVIIe siècle dans le quartier du Marais à Paris (4e arrondissement), est aussi appelé Hôtel des Ambassadeurs de Hollande. Son nom proviendrait soit de son usage comme résidence pour l’ambassadeur de Hollande, soit de son rôle pendant la révocation de l’édit de Nantes : en 1685, le chapelain Marcus Guitton y aurait maintenu un culte protestant clandestin dans sa chapelle, aujourd’hui disparue. Classé monument historique en 1924, il illustre les tensions religieuses de l’époque et les stratégies d’adaptation des huguenots parisiens.
L’hôtel occupe l’emplacement de l’ancien hôtel de Rieux, lié à des figures médiévales comme Jean II de Rieux, compagnon de Du Guesclin, et son fils Pierre, qui combattit aux côtés de Jeanne d’Arc. En 1407, l’assassinat de Louis Ier d’Orléans, frère de Charles VI, eut lieu à proximité, et son corps fut transporté dans cet hôtel. Au XVIIe siècle, Denis Amelot de Chaillou en fit l’acquisition en 1638 et entreprit une reconstruction totale, reprise après sa mort par son fils, Jean-Baptiste Amelot, vicomte de Bisseuil. Les travaux, dirigés par l’architecte Pierre Cottard (1657–1660), donnèrent à l’hôtel sa structure actuelle, avec deux cours atypiques et des décors somptueux.
L’hôtel connut des résidents illustres : en 1766, Mademoiselle Necker (future Madame de Staël) y fut baptisée dans la chapelle protestante. De 1776 à 1787, Beaumarchais y loua l’intégralité des lieux pour y fonder une compagnie maritime fictive, Roderiguez, Hortalez et Cie, destinée à soutenir les insurgés américains. Il y écrivit Le Mariage de Figaro (1778) et Tarare (1787). Au XXe siècle, l’hôtel fut restauré par des propriétaires successifs, comme Paul Brenot (pionnier de la TSF) ou Paul-Louis Weiller, qui y reçut des personnalités comme Nixon, Charlie Chaplin ou Greta Garbo.
L’architecture de l’hôtel, marquée par l’influence de Pierre Cottard, se distingue par ses deux cours (une étroite avec balcon à balustres, une seconde ornée de statues allégoriques), ses cadrans solaires uniques conçus par le père Truchet, et ses décors intérieurs classés. La galerie de Psyché abrite des plafonds peints par Michel Corneille l’Ancien, tandis que le salon de Flore conserve des œuvres de Joseph-Marie Vien. En 2016, une restauration majeure (2 millions d’euros) permit de préserver ces éléments, avant sa vente en 2010 pour 38 millions d’euros, puis en 2017 à un investisseur belge pour 69 millions, en vue de sa transformation en hôtel de luxe.
Le site fut également un lieu de tournage, comme pour la série Les Liaisons dangereuses (2003). Son histoire reflète les évolutions sociales et politiques de Paris, des guerres de Religion à la mondanité du XXe siècle, en passant par son rôle dans la Révolution américaine. Aujourd’hui, il incarne à la fois un patrimoine architectural exceptionnel et un témoignage des réseaux diplomatiques et culturels européens.