Origine et histoire de l'Hôtel Aubriot
L'hôtel Aubriot, situé au 40 rue des Forges à Dijon, est l'un des plus anciens hôtels particuliers de la ville, datant du début du XIIIe siècle. Construit sur une vaste cave voûtée sur piliers octogonaux, il servait initialement de halle aux changeurs, connue sous le nom de « voûte aux changes ». Cette cave, partiellement enterrée aujourd’hui, s’ouvrait autrefois sur les rues des Forges et Musette, suggérant un usage public ou semi-public. La façade du XIIIe siècle, à l’étage, présente quatre arcades jumelées en plein cintre, retombant sur des colonnettes, encadrées par des arcatures aveugles.
Au XIVe siècle, après un incendie présumé, la façade est remodelée pour s’aligner sur la rue, avec un rez-de-chaussée surélevé et des baies trilobées. Hugues Aubriot (1320?-1382), fils d’un prêteur dijonnais, naît dans cet hôtel et en devient propriétaire. Au XVIe siècle, deux lucarnes en pierre ornées de termes sont ajoutées. En 1739, les États de Bourgogne achètent l’hôtel pour y installer le présidial (tribunal royal), ajoutant un portail monumental avec des statues allégoriques de la Force et de la Justice.
Sous la Révolution, l’hôtel devient un bien national et est vendu en 1796 aux frères Blum. En 1800, la façade est modernisée : les décors en relief sont bûchés et recouverts d’enduit. Ce n’est qu’en 1908 que Stéphen Liégeard, poète et héritier de l’hôtel, redécouvre la façade originale sous le crépi. Avec l’architecte Louis Perreau et le sculpteur Xavier Schanosky, il entreprend une restauration fidèle, guidée par une gravure du XVIIIe siècle. Les éléments détruits (colonnes, statues, tympans) sont reconstitués, et des corbeaux sculptés de personnages sont ajoutés. L’hôtel, légué à la ville de Dijon, abrite brièvement un musée avant d’être vendu à un propriétaire privé en 2009.
La cave voûtée est inscrite aux monuments historiques en 2009, puis classée avec l’ensemble de l’hôtel en 2011. Son architecture mêle ainsi des éléments médiévaux (arcades, voûtes), des ajouts Renaissance (lucarnes), et des restaurations modernes. Les transformations successives reflètent son usage varié : lieu de change, tribunal, résidence privée, et enfin patrimoine protégé.
Les architectes et sculpteurs ayant marqué son histoire incluent Charles-Elie Le Jolivet (aménagements du XVIIIe siècle), Louis Perreau et Xavier Schanosky (restauration de 1908), ainsi qu’Eugène Piron, auteur des statues allégoriques recréées. L’hôtel illustre l’évolution architecturale et sociale de Dijon, des activités marchandes médiévales à la préservation patrimoniale contemporaine.