Origine et histoire
L’hôtel Belin de Béru, ou hôtel Desportes de Linières, est un hôtel particulier du milieu du XVIIIe siècle (1760 précisément), situé au 9 rue des Boucheries au Mans, dans le quartier des Halles. Échappant aux destructions des opérations urbaines successives (comme celles des Filles-Dieu ou de la place de l’Éperon), il fut longtemps délaissé malgré son classement précoce. Pillé de ses boiseries, cheminées et parquets, il fut envahi par le lierre avant d’être restauré dans les années 1980 par son propriétaire et l’architecte des Bâtiments de France, retrouvant ainsi son faste initial. L’édifice se distingue par son plan irrégulier en quadrilatère, sa façade sud surplombant autrefois un jardin, et son histoire liée à la noblesse locale.
L’architecture de l’hôtel reflète le style Louis XV, avec trois niveaux de baies régulières. La façade principale, exposée plein sud, présente six portes-fenêtres à arcs brisés reliées par un bandeau, tandis que le premier étage arbore des fenêtres à garde-corps en fer forgé ornés des initiales DLL (Desportes de Linières et son épouse, Mlle Leprince). Les linteaux sculptés de palmes et masques, les lucarnes mansardées en pierre de taille, et les corniches en tuffeau complètent cet ensemble élégant. La façade nord, réservée aux domestiques, est plus sobre, avec des baies en pierre de roussard et des lucarnes en bois. La restauration a supprimé la gouttière pour préserver l’harmonie des lignes.
À l’intérieur, l’hôtel organise ses espaces en quatre grands salons côté sud et quatre pièces de service au nord, avec un sous-sol. Les lambris fins, plafonds à l’italienne avec moulures et rosaces, et le salon Louis XV (doté d’une cheminée de marbre et d’un trumeau de stuc orné de roses et feuilles d’acanthe) témoignent de son luxe passé. Ce salon, le plus endommagé par les pillages, bénéficiait d’un éclairage généreux grâce à deux portes-fenêtres. La cuisine, avec son fourneau et évier en pierre, ainsi que les offices et la cage d’escalier, complètent cet aménagement typique des hôtels particuliers de l’époque.
Classé monument historique en deux temps (1975 pour les façades, toitures, escalier et pièces intérieures ; 2015 pour des éléments supplémentaires), l’hôtel Belin de Béru incarne le patrimoine architectural mancelle. Sa localisation en haut de la place de l’Éperon, aux côtés de l’ancien grenier à sel et des vestiges gallo-romains, en fait un témoin des strates historiques de la ville. Les restaurations des années 1980 ont permis de sauver ses décors intérieurs et extérieurs, tout en révélant des détails comme les initiales enlacées des propriétaires originels.
Les sources historiques, dont le Bulletin de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe (1987) et les archives de Maine Découvertes, soulignent son importance dans l’urbanisme du Mans. L’hôtel illustre aussi les défis de la préservation du patrimoine, entre négligence et renaissance, tout en offrant un exemple rare d’architecture civile du XVIIIe siècle dans la région. Sa façade blanc rosé, ses garde-corps ouvragés et son escalier en fer forgé en font aujourd’hui un joyau du centre-ville.