Origine et histoire de l'Hôtel Bouhier de Lantenay
L’hôtel Bouhier de Lantenay est un hôtel particulier construit à Dijon dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il remplace un ancien édifice, l’hôtel de Brion, datant du XVIIe siècle, où eut lieu en 1638 l’assassinat du président Pierre Baillet par Philippe Giroux. Ce lieu, l’une des plus vastes propriétés non religieuses de la ville, fut loué aux élus du clergé et de la noblesse avant sa destruction pour laisser place à la nouvelle construction.
En 1756, Bénigne Bouhier, seigneur et brigadier des armées du Roi, hérite d’un legs lui permettant d’acquérir le terrain. Il confie la conception à l’architecte parisien Nicolas Lenoir, dit Le Romain, élève de Blondel et fraîchement revenu de Rome. Les travaux, débutés en 1756, avancent rapidement : en 1760, le Saint-Sacrement est installé dans la chapelle, mais Bénigne Bouhier décède cinq semaines après emménager. Son fils, Bénigne Bouhier de Lantenay, achève le portail en 1760 et loue l’hôtel en appartements après la mort de sa mère en 1770.
En 1781, les États de Bourgogne achètent l’hôtel pour 150 000 livres afin d’y installer l’Intendance, jusqu’alors logée dans l’abbaye Saint-Bénigne. L’architecte Charles-Joseph Le Jolivet supervise les aménagements (1782–1785) pour adapter les lieux aux besoins administratifs et représentatifs, malgré les tensions avec l’intendant Feydeau de Brou. Les armoiries des Bouhier, surmontant le portail, sont remplacées en 1788 par celles de la province.
La Révolution supprime l’Intendance en 1790, laissant l’hôtel inoccupé. Il sert tour à tour de stockage militaire, de projet de musée pour la Commission des Arts, ou d’hébergement pour Bonaparte en 1800. Cette visite consacre son affectation définitive : un arrêté consulaire de 1800 en fait le siège de la préfecture, officialisé par une cession au département en 1811. Des extensions (1899–1912) complètent depuis l’ensemble.
Classé Monument Historique en 1925 (inscription) puis 1937 (façades et toitures), l’hôtel allie néo-classicisme naissant et fonction administrative. Son plan concave, inspiré des hôtels parisiens comme l’hôtel de Rohan-Soubise, comprend un corps de logis encadré de communs, une cour d’honneur symétrique d’un jardin à l’ouest, et des intérieurs organisés autour d’un vestibule à péristyle. L’avant-corps central, autrefois surmonté d’une coupole, et les garde-corps en fer forgé témoignent de l’influence romaine de Lenoir.
Aujourd’hui préfecture de Côte-d’Or et de Bourgogne-Franche-Comté, l’hôtel conserve sa double vocation : symbole du pouvoir local et patrimoine architectural majeur de Dijon, illustrant l’urbanité des élites bourguignonnes au siècle des Lumières.