Origine et histoire de l'Hôtel Bouhier de Savigny
L’Hôtel Bouhier de Savigny est un hôtel particulier construit vers 1640 à Dijon par un membre de la Maison Bouhier de Savigny. Situé au 12 rue Vauban dans le secteur sauvegardé de la ville, il incarne l’architecture classique bourgeoise avec sa cour d’honneur, ses fenêtres ornées de frontons, et ses lucarnes sculptées. Son portique, ajouté vers 1785 par Jean Vivant Micault de Corbeton, reflète les modifications apportées au XVIIIe siècle. Le bâtiment est inscrit aux monuments historiques depuis 1928.
La Révolution française marque un tournant sombre pour l’hôtel. En 1794, le révolutionnaire André-Antoine Bernard, dit Pioche Fer, s’y installe après la confiscation des biens de Jean Vivant Micault de Corbeton, président émigré du Parlement de Bourgogne. Pioche Fer, séduit par le luxe du lieu (cave bien garnie, mobilier riche), accélère la condamnation de Micault, guillotiné le 17 mars 1794. Après la chute de Robespierre, il est accusé d’avoir pillé 537 bouteilles de grands crus, dont du Chambertin, et d’avoir brisé de la vaisselle précieuse.
L’hôtel abrite aussi une légende culturelle : la bibliothèque de Jean Bouhier de Savigny (1673–1746), président au Parlement et académicien. Collectionnant 35 000 ouvrages et 2 000 manuscrits, il y accueille poètes et lettrés. Ses rayons en bois de rose, drapés de soie, abritent des éditions rares d’Henri Estienne ou d’Antoine Vérard. À sa mort, ses collections sont dispersées, vendues notamment à l’abbaye de Clairvaux en 1784. Un médaillon sculpté d’un chat, rappelant ses armoiries, orne toujours le portique.
Les propriétaires successifs reflètent l’histoire politique de la Bourgogne : la famille Bouhier de Savigny au XVIIe siècle, puis Jean Vivant Micault de Corbeton, marquis et seigneur de multiples terres, jusqu’à sa mort tragique en 1794. L’hôtel, symbole de pouvoir et de culture, devient ainsi le théâtre des bouleversements révolutionnaires, entre confiscations, exactions et perte d’un patrimoine bibliophile inestimable.