Origine et histoire de l'Hôtel Particulier
L'hôtel Carnavalet, construit entre 1548 et 1560 pour Jacques de Ligneris, président au Parlement de Paris, est attribué à l'architecte Pierre Lescot et orné de sculptures de Jean Goujon. Situé dans un quartier alors marqué par des vergers, son plan en quadrilatère « entre cour et jardin » devint un modèle architectural. En 1578, il fut acquis par Françoise de Kernevenoy, veuve d’un gentilhomme breton, dont le nom déformé donna « Carnavalet ». L’hôtel fut agrandi par François Mansart au XVIIe siècle, puis occupé par la marquise de Sévigné de 1677 à 1696. Après la Révolution, il abritera l’École des ponts et chaussées avant d’être racheté par la Ville de Paris en 1866 sur initiative du baron Haussmann, pour y installer un musée dédié à l’histoire de la capitale.
Le musée Carnavalet - Histoire de Paris, ouvert en 1880, s’étend sur deux hôtels : l’hôtel Carnavalet et l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, reliés par une galerie. Ses collections, riches de plus de 625 000 œuvres (peintures, sculptures, objets archéologiques, photographies, etc.), couvrent l’histoire de Paris de la Préhistoire à nos jours. Le parcours muséographique, entièrement repensé lors de sa rénovation (2016-2021), met en valeur des pièces emblématiques comme la chambre de Marcel Proust, la salle de bal de l’hôtel de Wendel ou des vestiges gallo-romains. Le musée se distingue aussi par ses period rooms, reconstitutions d’intérieurs parisiens des XVIIe et XVIIIe siècles.
L’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, construit par Pierre Bullet à la fin du XVIIe siècle, abrite depuis 1989 les collections révolutionnaires et modernes. Son escalier en fonte, prouesse technique, et ses salles décorées (comme la bijouterie Fouquet par Alfons Mucha) complètent l’offre culturelle. Classé Monument Historique dès 1846, l’ensemble a bénéficié de restaurations majeures, dont la dernière (58 millions d’euros) a modernisé les espaces et numérisé 610 000 objets. Le musée, géré par Paris Musées, propose aussi des expositions temporaires et un centre de ressources pour les chercheurs.
Parmi les œuvres phares figurent des peintures de Hubert Robert sur la Révolution, des objets liés à Louis XVI ou Robespierre, et des ensembles décoratifs comme le salon Art nouveau du Café de Paris. Les collections archéologiques, exposées dans l’orangerie puis en sous-sol depuis 2021, incluent des pirogues de Bercy et des instruments chirurgicaux romains. Le musée conserve également des autographes (Mme de Sévigné, Robespierre) et des archives photographiques (Marville, Atget).
L’histoire du musée est marquée par des événements comme l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1871, qui détruisit les premières collections, ou la vente aux enchères controversée de 1881, où 951 objets furent dispersés. Au XXe siècle, des départements spécialisés (numismatique, photographies) se structurèrent, tandis que des annexes comme la crypte archéologique de l’île de la Cité (rachée en 1999) élargirent son champ d’action. Aujourd’hui, le musée allie patrimoine et innovation, avec 150 contenus multimédias et une accessibilité renforcée (10 % des œuvres à hauteur d’enfant).