Origine et histoire de l'Hôtel d'Alluye
L’hôtel d’Alluye, situé au no 8 de la rue Saint-Honoré à Blois, fut édifié entre 1498 et 1508 par Florimond Robertet, secrétaire et notaire des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier. Ce monument, l’un des premiers de style Renaissance à Blois, allie des éléments gothiques (culs-de-lampe) et des motifs renaissants (volutes, médaillons d’empereurs romains). Sa cour intérieure, inspirée des cortiles italiens, témoigne de l’influence des artistes du Quattrocento sur les élites françaises après les guerres d’Italie.
Classé monument historique en 1929, l’hôtel a subi d’importantes transformations au fil des siècles. Dès le XVIIe siècle, ses ailes ouest et nord furent partiellement ou totalement détruites, ne laissant intacts que les bâtiments sud et est. Au XIXe siècle, des restaurations controversées, menées par Achille Lafargue et Félix Duban, modifièrent sa façade et ses combles, tandis que des médaillons en terre cuite et une cheminée monumentale ornée de maximes humanistes rappellent encore son faste originel.
Propriété privée depuis 2007, l’hôtel est aujourd’hui divisé en appartements de standing. Sa cour, exceptionnellement ouverte lors des Journées du patrimoine, conserve des traces de son passé prestigieux, comme les colonnes de marbre blanc de l’ancienne galerie nord, démontées en 1812, ou les vestiges de sa chapelle privée. Le bâtiment incarne ainsi à la fois l’héritage architectural de la Renaissance et les aléas de sa préservation.
L’hôtel doit son nom à la baronnie d’Alluye, fief beauceron de Robertet. Sa construction coïncide avec l’installation de la cour de France à Blois (1498–1515), période durant laquelle la ville devint un foyer artistique majeur. Florimond Robertet, ambassadeur en Italie et collectionneur avisé, y reçut des œuvres comme une copie du David de Michel-Ange, aujourd’hui disparue. L’édifice reflète ses goûts humanistes, mêlant références antiques et innovations stylistiques.
Parmi les événements marquants, l’hôtel accueillit en 1588 le cardinal de Lorraine avant son assassinat lors des États généraux. Au XVIIe siècle, il passa aux familles Hurault de Saint-Denis, Bégon, puis Louët de Terrouanne, qui le modifièrent profondément. Au XIXe siècle, la Mutuelle générale d’assurance de Loir-et-Cher en fit un siège social avant sa conversion en résidences privées. Les restaurations du XIXe siècle, bien que critiquées, sauvèrent des éléments clés comme la grande salle des ambassadeurs.
Aujourd’hui, l’hôtel d’Alluye se distingue par son portail monumental à pilastres cannelés, ses galeries à arcs en anse de panier, et ses médaillons de terre cuite représentant des empereurs romains. Ces détails, combinés à son histoire mouvementée, en font un témoignage unique de la transition entre Moyen Âge et Renaissance en France.