Origine et histoire de l'Hôtel d'Arlatan-Lauris
L’hôtel d’Arlatan-Lauris, situé au 24 rue de l’Opéra à Aix-en-Provence, est un hôtel particulier construit entre 1685 et le XVIIIe siècle. Commandé par Sextius d’Arlatan de Montaud, conseiller du roi au Parlement de Provence, il adopte un plan traversant rare, distribué par deux rues (rue de l’Opéra et rue du Maréchal-Joffre), avec un jardin central. Son architecture s’inspire de l’hôtel voisin Grimaldi-Régusse, bâti en 1675 par Louis Cundier, père de l’architecte Balthazar Cundier, qui conçut les plans de l’hôtel d’Arlatan.
Les décors intérieurs, parmi les plus remarquables de Provence, incluent des gypseries des XVIIe et XVIIIe siècles : style Régence (1730-1735) au rez-de-chaussée et style Louis XV (1745-1750) à l’étage. Les salons nobles, côté rue de l’Opéra, contrastent avec les communs (hôtel de Dreux-Brézé), construits sur des bâtiments préexistants et rehaussés au XVIIIe siècle. La porte d’entrée originale, sculptée par Bernard Torro (dite Toro) en style Louis XV, ornée de guirlandes et de mascarons, fut transférée au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 1907.
L’hôtel connut plusieurs propriétaires, dont les familles Lubières et Bonnecorse, avant d’être classé Monument Historique en 1983. Dans les années 1990, il subit des pillages (vol de cheminées, tentures, fontaines) avant une restauration. Son escalier monumental, avec une rampe Louis XVI et des masques grotesques, ainsi que ses jardins (pré-inventoriés comme « remarquables »), furent partiellement utilisés pour le tournage du film Le Hussard sur le toit (1995).
L’ensemble illustre l’urbanisme aixois du XVIIe siècle, marqué par des rues droites et des hôtels aristocratiques. Le quartier Villeneuve, où il se situe, reflète l’expansion de la ville sous l’Ancien Régime, avec des résidences combinant prestige (salons décorés) et fonctionnalité (communs, remises à carrosses). Les gypseries, classées, témoignent du savoir-faire des artisans provençaux, tandis que les transformations du XVIIIe siècle (balcons, portes-fenêtres) révèlent l’évolution des goûts architecturaux.
Aujourd’hui résidence privée non ouverte au public, l’hôtel d’Arlatan-Lauris reste un exemple majeur du patrimoine civil aixois, malgré les dégradations passées. Son histoire mêle fastes aristocratiques (réceptions, décors somptueux) et vicissitudes modernes (abandon, protection, réhabilitation), soulignant les enjeux de préservation des monuments historiques en France.