Origine et histoire de l'Hôtel d'Aux
L'hôtel d'Aux, devenu hôtel du 11e Corps d'Armée, est un hôtel particulier de style néoclassique situé à l'angle de la place Maréchal-Foch et de la rue Tournefort à Nantes. Construit au début des années 1770 (1772-1773) par l'architecte Jean-Baptiste Ceineray, il fut acquis par l'État pour le ministère des Armées en 1848 et transformé à plusieurs reprises au XIXe siècle. Ceineray, architecte de Nantes à partir de 1770, mena l'aménagement du secteur au nord-est de la cathédrale, démolissant les remparts du XVe siècle et alignant les cours Saint-Pierre et Saint-André pour créer la place d'Armes où s'élève l'hôtel. Le commanditaire de l'édifice fut René Louis d'Aux, créole de Saint-Domingue propriétaire de plantations et d'esclaves. Ceineray avait prévu un ensemble symétrique autour de la place, avec l'ouverture de nouvelles rues et la construction d'un bâtiment jumeau, projets partiellement modifiés par son successeur Mathurin Crucy ; le bâtiment jumeau n'a finalement pas été réalisé et la porte Saint-Pierre subsiste au XXIe siècle. Entre 1800 et 1828, l'hôtel accueillit les préfets de la Loire-Inférieure et reçut, lors de la visite impériale de 1808, Napoléon Iᵉʳ, Joséphine de Beauharnais, Talleyrand et le ministre Decrès. Par la suite, l'édifice fut utilisé par l'armée; durant la Seconde Guerre mondiale il fut réquisitionné par l'occupant allemand pour y installer la Feldkommandantur commandée par Karl Hotz, qui fut abattu le 20 octobre 1941 alors qu'il se rendait à l'hôtel. L'armée française quitta le bâtiment en 2011 et l'hôtel d'Aux fut transformé en résidence privée. Il a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 7 février 2012. Lors de travaux en mars 2019 pour la ligne 4 du futur e-busway, une galerie souterraine de la Seconde Guerre mondiale reliant l'hôtel au tunnel Saint-Félix fut mise au jour; ses extrémités avaient été murées mais le passage, connu des historiens locaux, aurait permis une évacuation discrète vers la voie fluviale où un bateau était amarré.
L'édifice, bâti en granit et tuffeau et couvert d'ardoise, présente une façade principale orientée au sud qui respecte la symétrie centrale caractéristique des réalisations de Ceineray. Un avant-corps légèrement saillant occupe trois des sept travées et est couronné d'un fronton triangulaire en tuffeau décoré de deux « hommes sauvages » encadrant un écusson destiné aux armes du propriétaire, motif rare pour Nantes au XVIIIe siècle; la proportion de ce fronton (rapport hauteur/base de 1/4) s'écarte des normes classiques indiquées dans les sources. À la base du fronton figurent des chapiteaux d'ordre corinthien et la couverture prend la forme d'un toit à pignon. Parmi les éléments intérieurs remarquables, la cage de l'escalier d'honneur et le grand salon du XVIIIe siècle au deuxième étage se distinguent : ce salon a conservé boiseries, consoles et un décor peint composé de copies d'après François Boucher, témoignage tardif du goût « rocaille », tandis que les pièces du premier étage offrent de beaux volumes et des plafonds ornés de frises néoclassiques. Sont inscrits au titre des monuments historiques les façades et toitures donnant sur la place Maréchal-Foch et la rue Tournefort des deux corps principaux, le porche, la cage d'escalier d'honneur, la cheminée en marbre blanc de la salle à manger du premier étage, la cheminée aux lions en marbre blanc de la chambre du premier étage et la totalité du grand salon d'honneur.