Origine et histoire de l'Hôtel d'Escoville
L’hôtel d’Escoville, construit dans les années 1530 à Caen, est un chef-d’œuvre de l’architecture Renaissance en Normandie. Commandé par Nicolas le Valois d'Escoville, riche marchand anobli, il remplace des maisons médiévales pour devenir un symbole du prestige de l’élite caennaise. La cour intérieure, ornée de sculptures allégoriques et mythologiques, mêle références bibliques, antiques et même alchimiques, reflétant les passions de son commanditaire. L’hôtel, achevé en 1540, abrite dès le XVIIe siècle l’Académie des Arts et Belles-Lettres de Caen, devenant un foyer culturel majeur.
Détruit partiellement pendant la bataille de Caen en 1944, l’hôtel perd sa façade historique sur la place Saint-Pierre. Sa reconstruction, achevée vers 1960, suscite des débats entre modernistes et traditionalistes, aboutissant à une façade simplifiée, déplacée d’un mètre par rapport à l’original. Les espaces intérieurs, profondément remaniés, intègrent des éléments sauvés comme la cheminée de l’hôtel de Villy (1568), aujourd’hui exposée dans la salle Moisant de Brieux. Classé Monument Historique dès 1862, il reste un lieu culturel actif, accueillant expositions et sociétés savantes.
L’hôtel d’Escoville incarne les mutations urbaines et sociales de Caen, passant de résidence aristocratique à bâtiment municipal. Au XVIIIe siècle, il abrite la mairie, la chambre de commerce, et des tribunaux, tout en conservant son rôle culturel. Sa cour, avec ses statues de David, Judith, Apollon et Marsyas, illustre l’influence italienne et humaniste de la Renaissance française. Les restaurations successives (1895–1936) préservent son décor, malgré les destructions de 1944, faisant de lui un témoignage unique de l’histoire architecturale normande.
La façade originelle, décrite en 1699 comme ornée d’un cavalier apocalyptique et d’un cheval sur des nuées, disparait en 1793 lors des destructions révolutionnaires. Les lucarnes, les colonnes superposées, et les bas-reliefs inspirés de l’Apocalypse en faisaient une œuvre majeure, aujourd’hui connue par des gravures du XIXe siècle. La reconstruction d’après-guerre privilégie une approche fonctionnelle, avec une structure en béton armé cachée sous des pierres de Caen, marquant une rupture avec les techniques médiévales. Malgré ces transformations, l’hôtel reste un symbole de la résilience patrimoniale caennaise.
Au XXe siècle, l’hôtel alterne entre fonctions administratives (office de tourisme, chambre de commerce) et culturelles (artothèque, salons artistiques). La salle Moisant de Brieux, ancienne salle de réunion des académiciens, accueille toujours des sociétés savantes comme l’Académie de Normandie. Le projet avorté de centre d’interprétation du patrimoine (2016) rappelle les enjeux contemporains de valorisation de ce monument, témoin de cinq siècles d’histoire urbaine, politique et artistique.