Frise chronologique
1713-1714
Construction initiale
Construction initiale
1713-1714 (≈ 1714)
Boffrand édifie l’hôtel sur un terrain acquis.
1803
Achat par Eugène de Beauharnais
Achat par Eugène de Beauharnais
1803 (≈ 1803)
Rénovations controversées et style égyptien ajouté.
1818
Achat par la Prusse
Achat par la Prusse
1818 (≈ 1818)
Devenu légation prussienne pour 575 000 francs.
7 novembre 1938
Assassinat de vom Rath
Assassinat de vom Rath
7 novembre 1938 (≈ 1938)
Déclencheur de la nuit de Cristal.
1951
Classement monument historique
Classement monument historique
1951 (≈ 1951)
Protection de l’ensemble hôtel, cour et jardin.
1962
Rétrocession à l’Allemagne
Rétrocession à l’Allemagne
1962 (≈ 1962)
Redevient résidence de l’ambassadeur allemand.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Germain Boffrand - Architecte |
Conçoit l’hôtel en 1714. |
| Eugène de Beauharnais - Propriétaire et vice-roi d’Italie |
Fait rénover l’hôtel dans le style Empire. |
| Napoléon Ier - Empereur des Français |
Critique les dépenses excessives des travaux. |
| Frédéric-Guillaume III - Roi de Prusse |
Achète l’hôtel en 1818 pour la Prusse. |
| Otto von Bismarck - Ambassadeur puis chancelier |
Y réside brièvement en 1862. |
| Herschel Grynszpan - Militant juif |
Assassine vom Rath en 1938 dans l’hôtel. |
Origine et histoire
L’hôtel de Beauharnais, situé au 78 rue de Lille dans le 7e arrondissement de Paris, est un hôtel particulier construit au début du XVIIIe siècle. Érigé en 1714 par l’architecte Germain Boffrand sur un terrain qu’il avait acquis l’année précédente, il est rapidement vendu en 1715 à Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, neveu du célèbre ministre de Louis XIV. L’hôtel, doté d’un jardin donnant sur la Seine (actuel quai Anatole-France), change de mains en 1766 lorsqu’il est racheté par le duc de Villeroy. Son architecture initiale, bien que partiellement conservée, sera profondément transformée au siècle suivant.
En 1803, Eugène de Beauharnais, beau-fils de Napoléon Ier et vice-roi d’Italie, acquiert l’hôtel pour 195 000 francs. Bien qu’il y réside peu, sa mère Joséphine et sa sœur Hortense y engagent d’importants travaux, suscitant des critiques de la part de Napoléon. Ce dernier, mécontent des dépenses excessives (estimées à un million de francs pour des travaux évalués à 200 000 francs par ses services), reproche à Eugène d’avoir « jeté des sommes immenses à la rivière ». Les modifications les plus marquantes incluent l’ajout d’un porche néo-égyptien, reflétant l’engouement de l’époque pour l’Égypte antique. L’hôtel, peu occupé par son propriétaire, est même placé sous embargo par Napoléon en 1806.
Après la chute de l’Empire, l’hôtel devient un enjeu diplomatique majeur. En 1814, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III en fait sa résidence parisienne avant d’y installer définitivement la légation prussienne en 1818, pour 575 000 francs. Le bâtiment abrite ensuite des figures politiques allemandes, dont Otto von Bismarck, ambassadeur en 1862, qui critique son humidité et son manque de confort. L’hôtel joue un rôle clé dans les relations franco-allemandes, accueillant des réceptions diplomatiques comme celle de 1867 lors de l’Exposition universelle, où Napoléon III et l’impératrice Eugénie sont reçus. Il devient l’ambassade d’Allemagne après la proclamation de l’Empire allemand en 1871.
Le XXe siècle marque une période troublée pour l’hôtel. En 1938, il est le théâtre d’un événement tragique : l’assassinat du diplomate Ernst vom Rath par Herschel Grynszpan, déclencheur de la nuit de Cristal. Pendant l’Occupation, l’ambassadeur Otto Abetz y réside et y organise des réceptions culturelles, malgré la spoliation d’œuvres d’art juives exposées dans ses murs. Confisqué par la France en 1944, l’hôtel abrite temporairement des services ministériels avant d’être rétrocédé à l’Allemagne en 1962. Depuis, il sert de résidence à l’ambassadeur allemand, après une restauration majeure de ses décors Empire, dont le célèbre Salon des Quatre Saisons et la chambre d’Hortense de Beauharnais.
Classé monument historique en 1951, l’hôtel de Beauharnais illustre les liens complexes entre la France et l’Allemagne, mêlant patrimoine architectural et histoire diplomatique. Ses intérieurs, remarquablement préservés, témoignent du faste du Premier Empire et des transformations successives liées à son usage politique. Aujourd’hui, il reste un symbole de réconciliation franco-allemande, tout en conservant les traces de son passé mouvementé, des fastes napoléoniens aux drames du XXe siècle.