Origine et histoire de l'Hôtel de Beaumont
L'hôtel de Beaumont est un hôtel particulier du XVIIIe siècle situé à l'angle des rues du Petit-Versailles et Barbey-d'Aurevilly à Valognes, dans la Manche. Longuement présenté comme le plus bel exemple de ce que fut le "Versailles normand", il figure parmi la quinzaine d'hôtels particuliers de la ville ayant survécu aux bombardements de juin 1944. Implanté parallèlement à la rue Barbey-d'Aurevilly, il présente sa cour principale côté rue et son jardin à la française à l'est du corps de logis. Sur le site se trouvait au XVIIe siècle un pavillon de pierre appartenant au marquis de Fontenay (Saint-Marcouf), Hervé II Le Berceur ; vers 1695 le comte de Beaumont-Hague, Charles Jallot, acquiert ce pavillon et en entreprend l'extension. Pierre-Guillaume Jallot (1710-1771), devenu comte de Beaumont en 1718, transforme à partir de 1767 le pavillon en hôtel particulier avec l'aide de l'architecte Raphaël de Lozon ; l'ensemble, de style rocaille tardif, est achevé en 1771. La propriété est pillée et déclarée bien national à la Révolution ; après diverses affectations, dont une maison de détention et un logement pour la recette des finances, elle revient à la famille de Mesnildot puis passe au XIXe siècle entre plusieurs propriétaires. À la fin du Premier Empire l'hôtel est occupé par les Prussiens ; en 1882 il est vendu par la comtesse d'Aigneaux, Sophie de Mesnildot, puis acquis en 1897 par le comte Froidefond de Florian. Pendant la Seconde Guerre mondiale la Wehrmacht occupe l'édifice, qui sert de mess aux officiers allemands et reçoit en 1944 le maréchal Erwin Rommel ; endommagé par les bombardements, il est restauré ensuite par le comte Xavier de Florian, puis, après sa mort en 1955, par ses neveux de la famille des Courtils. L'hôtel appartient aujourd'hui à la comtesse Claire des Courtils. Jules Barbey d'Aurevilly situe la nouvelle Le dessous des cartes d'une partie de whist dans cet hôtel. Le bâtiment se déploie en un long corps composé d'un avant‑corps central arrondi de couleur sable encadré par deux ailes plates : l'aile gauche remonte à la première moitié du XVIIe siècle, tandis que l'aile droite et le corps central datent de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Haut d'un étage sur rez-de-chaussée surélevé, il présente une façade de cinquante mètres éclairée par deux niveaux de baies ; l'avant-corps, de style Régence, avance en léger arrondi, s'ouvre sur un perron et porte à l'étage un balcon en fer forgé surmonté d'un fronton incurvé dont le tympan comporte des écussons sculptés. Les armoiries, martelées à la Révolution, figuraient autrefois les armes des Jallot de Beaumont et de l'épouse de Pierre‑Guillaume, Anne‑Françoise de Cairon de La Pallu ; les baies en plein cintre sont encadrées de colonnes doriques et ioniques superposées et les combles s'éclairent par des œils-de-bœuf. À l'intérieur, le hall d'entrée offre un escalier à double révolution avec un pont de pierre de six mètres jeté au‑dessus du vide menant au premier étage ; on y remarque notamment le salon, la bibliothèque, la salle à manger, un piano‑forte en forme de clavecin de la maison Érard daté de 1811, et un nécessaire de voyage ayant appartenu à Amantine de Bordeaux de Marville, grand‑mère du comte Xavier de Florian. À l'arrière, le jardin à la française s'ouvre sur la façade et contient une sculpture en bas‑relief de Pomone récemment restaurée. L'édifice fait l'objet d'une protection partielle au titre des monuments historiques : l'hôtel, sauf parties classées, est inscrit par arrêté du 4 novembre 1927, tandis que les façades et toitures, l'escalier intérieur avec sa rampe, la salle à manger et le salon avec leur décor de lambris, ainsi que les murs de soutènement du jardin avec leur balustrade, sont classés par arrêté du 31 décembre 1979. L'hôtel de Beaumont se visite du 1er juillet au 15 septembre, lors des week‑ends de printemps et toute l'année pour les groupes.