Origine et histoire de l'Hôtel Particulier
L’hôtel de Beauvais, situé au 68 rue François-Miron dans le 4e arrondissement de Paris, fut construit à partir de 1654 par l’architecte Antoine Le Pautre pour Catherine Bellier, surnommée Cateau la Borgnesse. Cette roturière, première femme de chambre de la reine Anne d’Autriche, aurait joué un rôle clé dans l’éducation du jeune Louis XIV. Le terrain, aux contours irréguliers (17 côtés), imposa un plan audacieux, incluant des boutiques en rez-de-chaussée pour générer des revenus. L’hôtel fut inauguré en 1660 lors de l’entrée triomphale de Louis XIV et Marie-Thérèse à Paris, avec un balcon d’où la cour assista à la cérémonie.
Les fondations de l’hôtel reposent sur d’anciennes caves gothiques du XVe siècle, vestiges d’une maison médiévale appartenant à l’abbaye de Chaalis. Au XVIIIe siècle, l’hôtel fut modifié par Robert de Cotte et Jean-Baptiste de Beausire pour la famille Orry, dont Jean Orry, ministre de Philippe V d’Espagne. En 1763, il devint le lieu de résidence de l’ambassadeur de Bavière, Maximilien van Eyck, qui y installa un tripot et accueillit la famille Mozart en 1763-1764. Le jeune Wolfgang, âgé de 7 ans, y séjournait au second étage, trop petit pour voir le jardin suspendu.
Saisi pendant la Révolution, l’hôtel fut transformé en bureau de diligences, puis en immeuble insalubre au XIXe siècle. Menacé de démolition en 1943 en raison de son état, il fut sauvé in extremis et classé monument historique en 1966. Après des décennies d’abandon, il fut restauré entre 1995 et 2003 sous la direction de Bernard Fonquernie, architecte en chef des Monuments historiques. Depuis 2004, il abrite la Cour administrative d’appel de Paris, retrouvant ainsi une fonction prestigieuse.
L’architecture de l’hôtel se distingue par sa cour semi-ovale, ses cinq portes à mascarons (anciennes écuries), et un escalier en pierre à rampe en fer forgé. Les caves gothiques, redécouvertes dans les années 1970, abritèrent même un café-théâtre lors du Festival du Marais. Des vestiges du XVIIIe siècle et du Premier Empire subsistent dans les combles. Son plan atypique et sa cour en forme de théâtre en ont fait un décor prisé du cinéma, apparaissant dans La Banquière (1980) ou Camille Claudel (1988).
Parmi les anecdotes marquantes, Christine de Suède y aurait séjourné pendant son exil, et le roi Pierre Ier de Serbie le visita en 1911. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel, réquisitionné pour insalubrité, fut le théâtre de spoliations antisémites : la famille Simon, propriétaire juive, en fut expulsée, et le jeune Morejno Simon déporté à Auschwitz. Les caves, partiellement accessibles, révèlent encore un autel, trace des occupants ecclésiastiques précédents.