Origine et histoire de l'Hôtel de Chapelaines
L’Hôtel de Chapelaines, construit au 2e quart du XVIe siècle à Troyes, occupe un terrain historiquement lié aux activités artisanales (bouchers, teinturiers, drapiers) depuis le XIIIe siècle. Avant sa construction, le site abritait des dépendances des abbayes de Clairvaux et Notre-Dame des Prés, ainsi qu’une « maison de Clairvaux » mentionnée dès le XIIe siècle. En 1470, le terrain est loué par bail emphytéotique à Pierre Largentier, teinturier, puis transmis à son fils Nicolas Largentier (II) en 1487. Le grand incendie de Troyes en 1524 permet la conversion des baux en vente perpétuelle, conduisant à la construction de l’hôtel en pierre par Nicolas Largentier (II).
L’hôtel, appelé « Grand hôtel de Clairvaux » en 1535, est achevé vers 1536 sous Nicolas Largentier (V), qui s’engage à finaliser les travaux auprès de l’abbaye. Après sa mort, son fils Nicolas Largentier (VI) (1560–1610), baron de Chapelaines, enrichit la famille en servant Henri IV contre la Ligue. Pillé en 1586 par des corps de métiers protestants, l’hôtel est compensé par un don royal de 20 000 livres. En 1597, Nicolas (VI) acquiert la terre de Chapelaines et renomme l’hôtel en conséquence. Son héritier, Louis Largentier (1581–1639), ruiné par des expériences d’alchimie, vend le bâtiment en 1642.
L’hôtel passe ensuite entre les mains de plusieurs familles : les de La Fertey, les Camusat de Riancey, puis les Paillot au XVIIIe siècle. Élisabeth-Louise de Loynes, épouse de Victor Paillot (maire de Troyes et député), y reçoit l’empereur François Ier d’Autriche en 1814 lors des négociations contre Napoléon. En 1853, la cheminée Renaissance (datée de 1541) est transférée au musée Saint-Loup. La façade et la couverture sont classées monuments historiques depuis le 16 juin 1926.
Architecturalement, la façade présente des fenêtres sculptées, des pilastres, des frontons triangulaires et une balustrade Renaissance, avec des gargouilles monumentales. Une niche Renaissance orne l’angle sud-ouest. L’intérieur, partiellement modifié au XIXe siècle, conserve des traces de son prestige passé, comme en témoignent les visites de Louis XIII en 1629 et des souverains européens en 1814.