Origine et histoire
L’hôtel de Fleuriau est un hôtel particulier construit entre 1740 et 1750 à La Rochelle, dans un style parisien typique du XVIIIe siècle, avec un corps central et deux ailes encadrant une cour. Commandé initialement par Jean Regnaud de Beaulieu, il est racheté en 1772 par Aimé-Benjamin Fleuriau, un négociant enrichi par ses plantations de canne à sucre à Saint-Domingue. Fleuriau agrandit l’hôtel vers 1780 en y adjoignant un nouveau corps de bâtiment ouvert sur un jardin, relié à la structure existante par des portes percées à chaque étage. L’édifice reste dans la même famille jusqu’en 1974, date de sa vente à la ville de La Rochelle.
Le musée du Nouveau Monde, installé dans l’hôtel depuis 1982, est le premier en France à aborder le passé négrier d’un port français et l’esclavage dans les colonies antillaises. Ses collections, composées de 2 200 œuvres (peintures, cartes, objets d’art), reflètent les échanges culturels et économiques entre La Rochelle et les Amériques, notamment à travers l’histoire de la traite, des explorations et des abolitions. L’hôtel, classé partiellement aux monuments historiques en 1950 et 1951, illustre aussi l’architecture civile rochelaise du XVIIIe siècle, avec des décors intérieurs préservés (boiseries, salons, escalier en fer forgé).
La façade sur jardin et les salons intérieurs, ornés de boiseries et de trumeaux peints, sont protégés depuis 1950. Le musée propose un parcours thématique : découverte des Amériques au rez-de-chaussée, traite négrière et Antilles au premier entresol, Nouvelle-France et indépendance américaine au premier étage, et art contemporain au dernier niveau. Un espace dédié aux familles et des audioguides complètent la visite, soulignant la vocation pédagogique du lieu.
L’hôtel de Fleuriau incarne ainsi à la fois l’héritage architectural du siècle des Lumières et la mémoire des échanges transatlantiques, incluant leurs aspects les plus sombres. Son histoire est indissociable de celle d’Aimé-Benjamin Fleuriau, dont la fortune, bâtie sur l’esclavage à Saint-Domingue, a permis l’agrandissement du bâtiment. Aujourd’hui propriété de la commune, il est labellisé « musée de France » depuis 2002 et reste un symbole des liens complexes entre la France et le Nouveau Monde.
Les éléments protégés incluent la façade sur jardin, les décors intérieurs (salons, boiseries, cheminées), et l’escalier avec sa grille en fer forgé. La partie ancienne, en moellon crépi, contraste avec la façade postérieure en pierre de taille, ajoutée par Fleuriau. Ce mélange de styles reflète les transformations successives de l’hôtel, marqué par son usage résidentiel puis muséal.