Origine et histoire de l'Hôtel de Gadagne
L’Hôtel de Gadagne, situé dans le quartier Saint-Jean du Vieux Lyon (5e arrondissement), est un ensemble architectural majeur issu de la fusion de deux maisons médiévales. Dès le XIVe siècle, une demeure luxueuse appartenant à la famille d’Albant occupe le site, dotée de vitraux et de carreaux vernissés. Au XVe siècle, la parcelle est divisée entre la maison du Palais (actuel 2 rue Saint-Jean) et la maison de la Boyssette, transformée en résidence avec réhaussement des murs et percement de fenêtres. Les frères Pierrevive, acquéreurs en 1489-1492, lancent une reconstruction ambitieuse au début du XVIe siècle, détruisant la maison de la Boyssette et vendant une partie du terrain.
En 1538, Marie-Catherine de Pierrevive, épouse d’Antoine de Gondi, devient propriétaire de la moitié sud de la parcelle, tandis que Thomassin Gadagne loue la partie nord. Racheté en 1545 par les fils de ce dernier, Guillaume et Thomas III de Gadagne, l’hôtel subit un remaniement pour accommoder leur cohabitation conflictuelle. La famille Gadagne, banquiers florentins enrichis par le commerce et la finance, marque l’histoire lyonnaise : Thomas Ier finance même la rançon de François Ier après la bataille de Pavie (1525). Leur fortune proverbiale (« riche comme Gadagne ») symbolise l’âge d’or de la Renaissance lyonnaise.
Au XVIIIe siècle, l’hôtel est morcelé en logis avant d’être sauvé par la Ville de Lyon, qui l’acquiert partiellement en 1902. Classé monument historique en 1920, il abrite dès 1921 le musée d’Histoire de Lyon (MHL), né d’un projet lancé en 1874 pour centraliser les collections dispersées. Le musée des arts de la Marionnette (MAM), créé en 1950 autour de Guignol, s’y installe également. Entre 1998 et 2009, une restauration majeure, dirigée par Didier Repellin, double la surface utile (6 300 m2) et modernise les espaces, mêlant matériaux traditionnels et interventions contemporaines (béton, acier).
Les collections du MHL, enrichies depuis le XIXe siècle (legs Rosaz, fonds Morel, fouilles archéologiques), retracent l’évolution urbaine, sociale et économique de Lyon. Le parcours permanent, refondu entre 2019 et 2024, adopte une approche thématique et militante, parfois controversée, mettant en avant les enjeux politiques et les populations locales. Le MAM, quant à lui, expose 110 nouvelles pièces depuis 2022 dans l’exposition Virevolte, intégrant des créations contemporaines. Une salle Carte Blanche, renouvelée tous les deux ans, met en lumière des marionnettistes comme Michaël Meschke (exposition depuis juin 2023).
L’Hôtel de Gadagne incarne aujourd’hui un dialogue entre patrimoine et modernité, avec un budget annuel de 3 millions d’euros et une équipe de 50 personnes. Son jardin suspendu, son théâtre de marionnettes et ses espaces pédagogiques en font un lieu culturel vivant, malgré les débats sur la scénographie du MHL, critiquée pour son parti pris politique ou saluée pour son innovation. Les fouilles archéologiques menées lors des rénovations ont par ailleurs révélé des strates médiévales, éclairant l’occupation intermittente du site depuis le Ve siècle.