Origine et histoire
L’Hôtel de l’Europe, initialement nommé Hôtel Perrachon ou Hôtel de Senozan, fut construit en 1653 par l’architecte Girard Desargues pour Pierre Perrachon de Saint-Maurice, riche Lyonnais anobli. Situé près de la place Bellecour, il remplaça des bâtiments vétustes de l’ancienne douane du port du Roy. Desargues, connu pour ses travaux sur l’Hôtel de Ville de Lyon, y conçut un escalier monumental encore visible aujourd’hui. Le commanditaire, Pierre Perrachon, spéculateur immobilier, modifia rapidement le jardin pour y ériger des maisons revendues dès 1669.
Au début du XVIIIe siècle, l’hôtel passa aux mains de la famille Olivier de Senozan, banquiers lyonnais convertis au catholicisme. David Olivier de Senozan, puis son fils François, firent décorer les salons par Daniel Sarrabat vers 1721, avec des scènes mythologiques (cabinets d’Hercule et de Minerve). Les toiles, partiellement dispersées au château de Pizay, furent en partie restituées lors des restaurations de 1995. L’hôtel devint un symbole du luxe lyonnais, abritant une collection scientifique et artistique sous Christophe-François Nicolau de Montribloud.
Transformé en hôtel de voyageurs sous le Consulat (1800), il accueillit une clientèle prestigieuse : Talleyrand, Napoléon, le roi d’Espagne Charles IV, ou encore l’émir Abd el-Kader. Son déclin débuta au XXe siècle, malgré des tentatives de relance en 1901. Classé Monument Historique en 1996, il abrite aujourd’hui des logements, bureaux et commerces, après une restauration mettant en valeur ses décors du XVIIe et XVIIIe siècles.
Les protections concernent le grand escalier, la salle au plafond à caissons (1er étage), et les salons de Minerve et d’Hercule (2e étage). Les surélévations du XIXe siècle, comme la verrière de la salle de bal (détruite en 1970), ne sont pas protégées. L’hôtel illustre l’évolution architecturale lyonnaise, des hôtels particuliers aristocratiques aux palaces bourgeois.
Parmi ses occupants marquants, la famille de Lhorme (négociants martiniquais) le posséda jusqu’en 1805, avant sa conversion en hôtel. Au XIXe siècle, il changea plusieurs fois de mains, dont celles de Jean-Pierre Lempereur, marchand de toiles. Sous l’Occupation, il servit de siège à la Corporation paysanne, reflétant son rôle politique et social variable selon les époques.