Origine et histoire de l'Hôtel de la Gabelle
L’hôtel de la Gabelle à Bernay, en Normandie, est un hôtel particulier de style classique construit au milieu du XVIIIe siècle. Commandé par Jacques-Philippe Bréant, receveur des gabelles, il remplace plusieurs maisons en ruine achetées en 1745 près de la porte d’Orbec. Le bâtiment, organisé entre cour et jardin, intègre des greniers à sel et des écuries, reflétant la fonction fiscale de son propriétaire. Les décors intérieurs, comme les toiles des trumeaux et les dessus de porte, sont attribués à Michel Hubert-Descours, élève du peintre Hyacinthe Rigaud.
L’architecture de l’hôtel a longtemps été attribuée à Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, bien qu’aucun document ne le confirme. Les mascarons et trophées sculptés, notamment ceux représentant les quatre parties du monde, évoquent des similitudes avec les œuvres de L.A. Loriot, actif à Lorient pour la Compagnie des Indes. Bréant agrandit la propriété en 1750 en acquérant des terrains sur les anciens remparts, avant de décéder dans l’hôtel en 1772.
Après la Révolution, l’hôtel change plusieurs fois de mains : vendu en 1799 à Jean-François-Pierre-Paterne Thulou, puis à l’industriel Gratien Pesnel en 1825, qui y développe une manufacture de rubans. Au XXe siècle, menacé de destruction en 1957, il est sauvé par une mobilisation locale et classé partiellement aux Monuments historiques en 1928 et 1964. Aujourd’hui, malgré des dégradations comme une attaque de mérule, il reste un témoignage de l’architecture civile normande du XVIIIe siècle.
La porte monumentale, les façades, les couvertures et les sols de la cour et des jardins sont protégés depuis 1928 et 1964. Après avoir abrité un conservatoire de musique jusqu’en 2010, l’hôtel est mis en vente en 2014 par la municipalité. Son avenir reste incertain, entre projets touristiques avortés et nécessité de restauration.
Jacques-Philippe Bréant, poète et receveur des gabelles, incarne l’ascension sociale de la bourgeoisie normande sous l’Ancien Régime. Son hôtel, symbole de pouvoir économique, mêle fonctions administratives (greniers à sel) et résidentielles. Les décors intérieurs, conférés à des artistes locaux comme Hubert-Descours, soulignent son ambition culturelle, tandis que l’attribution controversée à Gabriel reflète le prestige recherché.
La mobilisation pour sauver l’hôtel en 1963, relayée par Le Figaro et soutenue par André Malraux, illustre son importance patrimoniale. Malgré des usages variés (conservatoire, projet touristique), son état actuel interroge sur la préservation du patrimoine civil en Normandie, entre contraintes budgétaires et enjeux de valorisation.