Frise chronologique
1751
Incendie de la Grande Écurie
Incendie de la Grande Écurie
1751 (≈ 1751)
Événement marquant pour Berthier, inspirant les voûtes ignifuges.
juillet 1759 - 1761
Construction de l’hôtel
Construction de l’hôtel
juillet 1759 - 1761 (≈ 1760)
18 mois de travaux sous Berthier.
26 juin 1762
Visite royale
Visite royale
26 juin 1762 (≈ 1762)
Louis XV teste la résistance au feu.
1798
Transformation en manufacture d’armes
Transformation en manufacture d’armes
1798 (≈ 1798)
Réaffectation post-Révolution.
1er septembre 1922
Classement du portail
Classement du portail
1er septembre 1922 (≈ 1922)
Première protection monument historique.
16 septembre 1929
Classement façade et toiture
Classement façade et toiture
16 septembre 1929 (≈ 1929)
Extension de la protection.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La porte d'entrée de l’École militaire du Génie, sise 3 rue Gambetta : classement par arrêté du 1er septembre 1922 ; La façade sur la rue Gambetta et les toitures de la caserne des bureaux de la Guerre (École militaire du Génie) : classement par arrêté du 16 septembre 1929
Personnages clés
| Jean-Baptiste Berthier - Ingénieur et maître d’œuvre |
Conçoit l’hôtel et ses voûtes ignifuges. |
| Louis XV - Roi de France |
Commanditaire et visiteur en 1762. |
| Maréchal de Belle-Isle - Secrétaire à la Guerre |
Soutien du projet auprès du roi. |
| Duc de Choiseul - Secrétaire d’État à la Guerre |
Fait construire l’hôtel voisin en 1761. |
| Pierre Lenfant - Peintre |
Auteur des toiles du salon de Diane. |
| Charles Cozette - Peintre |
Auteur du portrait équestre de Louis XV. |
Origine et histoire
L’hôtel de la Guerre, situé 3 rue de l’Indépendance-Américaine à Versailles, fut édifié en 1760 par Jean-Baptiste Berthier pour centraliser les services du ministère de la Guerre, alors dispersés à Paris. Ce projet, soutenu par le maréchal de Belle-Isle et Louis XV, visait à optimiser l’efficacité administrative tout en réduisant les coûts. Berthier proposa une construction innovante à voûtes plates (ou voûtes sarrasines), technique rare dans le nord de la France mais déjà utilisée dans le Midi, pour limiter les risques d’incendie. Le terrain, ancien potager royal laissé en friche, fut cédé par le roi. Les travaux, débutés en juillet 1759, s’achevèrent en 18 mois, avec des matériaux incombustibles : briques, plâtre et tomettes, excluant presque totalement le bois.
Le bâtiment fut inauguré en 1762 par Louis XV, qui assista à une démonstration de résistance au feu : un brasier allumé dans une salle ne se propagea pas aux pièces voisines. À la Révolution, le ministère quitta Versailles pour Paris, et l’hôtel abritera successivement des administrations départementales, une manufacture d’armes, puis des unités militaires. En 1798, il devint une caserne pour 500 soldats, avant d’accueillir l’École du génie en 1884. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit d’école de police sous l’Occupation, puis de centre préparatoire aux grandes écoles. Depuis 1995, il héberge la direction centrale du service d’infrastructure de la Défense.
Parmi les éléments originels conservés, le salon de Diane se distingue par ses peintures sur stuc évoquant le renversement des alliances de 1756 et six toiles de Pierre Lenfant (1757–1771) commandées par Louis XV, illustrant la guerre de Succession d’Autriche. Le portail monumental, classé en 1922, arbore des symboles royaux (couronne, soleil) et des trophées guerriers, tandis que la façade et la toiture furent protégées en 1929. L’incendie de la Grande Écurie de Versailles en 1751, auquel Berthier avait participé, aurait inspiré son choix de techniques ignifuges.
L’hôtel de la Guerre incarne une rupture architecturale et fonctionnelle : premier bâtiment administratif conçu pour la sécurité incendie en France, il préfigure les normes modernes. Son histoire reflète aussi les mutations politiques et militaires, passant d’un outil de centralisation monarchique à un site éducatif et logistique pour l’armée française. Aujourd’hui, seul le salon de Diane et le portail rappellent son faste originel, tandis que sa structure utilitaire perdure dans son usage actuel.