Origine et histoire de l'Hôtel de la Motte-Sanguin
L’hôtel de la Motte-Sanguin, aussi appelé château de la Motte-Sanguin, est un hôtel particulier du 4e quart du XVIIIe siècle situé à Orléans, sur la rive droite de la Loire. Construit entre 1788 et 1792, il s’élève sur l’emplacement d’anciennes fortifications du XVe siècle, détruites pour laisser place à une manufacture de coton innovante, équipée d’une machine à vapeur. Son architecture, attribuée à Victor Louis ou Benoît Lebrun, se distingue par une charpente inspirée de Philibert de l’Orme et une toiture bombée.
Le site abrite initialement une filature de coton fondée en 1787 par Philippe d’Orléans (dit Philippe-Égalité), en partenariat avec des industriels anglais comme Thomas Foxlow. Cette manufacture, pionnière avec ses 7 200 broches et 800 ouvriers, utilise une pompe à feu Périer pour doubler la productivité. L’hôtel devient la résidence de Foxlow, directeur de la filature, avant d’être vendu comme bien national en 1795 après la mort de Philippe d’Orléans, guillotiné en 1793.
Au XIXe siècle, l’hôtel change plusieurs fois de mains : racheté par Napoléon III en 1869 pour les hospices d’Orléans, transformé en école d’artillerie en 1876, puis cédé au département du Loiret en 1899. Classé monument historique en 1928, il est aujourd’hui propriété du groupe Villemain, qui l’a restauré. Depuis 2014, il accueille des chercheurs en résidence via l’association Studium, tout en conservant ses décors intérieurs d’origine (salons, chambre à coucher).
Le domaine de 13 000 m2, autrefois industriel, comprend désormais des immeubles résidentiels et un ancien bâtiment scolaire de 1876. Les vestiges de la filature, détruits par des incendies, ont disparu, mais l’hôtel témoigne encore de l’innovation technique et architecturale de la Révolution industrielle. Son nom, Motte-Sanguin, provient d’une déformation de La Motte Sans Gain, rebaptisée en 1852 en hommage à Antoine Sanguin, évêque d’Orléans au XVIe siècle.
L’architecture de l’hôtel mêle élégance néoclassique et techniques audacieuses : façades à balustrades, corniche à modillons, et une charpente en petit bois chevillé inspirée de la halle aux blés de Paris. À l’intérieur, vestibule, salons et chambre conservent leurs décors du XVIIIe siècle, tandis que le comble cintré repose sur des fermettes assemblées sans clous, système révolutionnaire pour l’époque.