Origine et histoire de l'Hôtel de Lacoste
L’Hôtel de Lacoste, situé à Pézenas, est un monument emblématique dont la construction s’échelonne entre la fin du XVe siècle et le XVIIe siècle. Son architecture mêle des éléments gothiques tardifs, comme le vestibule voûté d’ogives à colonne centrale, et des ajouts Renaissance, dont les galeries à croisées d’ogives et les encadrements de fenêtres. La cour intérieure, dotée d’un puits et d’une loge sous un demi-berceau, conserve des traces d’un crénelage décoratif, symbole du statut noble de ses premiers propriétaires, les Montagut, seigneurs de Lacoste. L’escalier principal, remanié en 1638 avec une maladresse visible, intègre des voûtes ogivales pastichant le style originel, tandis que la balustrade de la rampe et de la terrasse daterait du milieu du XVIIe siècle, peut-être liée à la visite de Louis XIV en 1660.
L’histoire de l’hôtel est marquée par des événements prestigieux : en 1533, les filles de France, Madeleine et Louise, y séjournèrent lors de l’entrée solennelle de la reine Eléonore d’Autriche à Pézenas. Au début du XVIIe siècle, les États généraux de la Province s’y tinrent en 1613 et 1614, soulignant son importance politique. Le 6 avril 1660, le prince Armand de Bourbon-Conti y reçut Louis XIV, un épisode majeur pour la demeure. L’édifice, initialement formé par le remembrement de deux maisons acquises par Étienne de Montagut entre 1509 et 1518, resta dans la famille jusqu’au mariage de François IV de Montagut en 1656. Les La Serre, nouveaux propriétaires, agrandirent l’hôtel au XVIIIe siècle en incorporant d’anciens vacants et une partie de la muraille urbaine, ajoutant une façade néo-classique sur l’actuelle rue Maréchal de Plantavit.
Les transformations architecturales reflètent les adaptations successives de l’hôtel. La façade sur rue, remaniée aux XVIIe et XVIIIe siècles, intègre une porte à arc segmentaire et des pilastres, tandis que l’arrière, rue Oustrin, conserve des éléments Renaissance comme des encadrements de fenêtres identiques à ceux de la cour. À l’intérieur, un plafond à poutres et solives moulurées subsiste, témoignant de l’aménagement d’origine. Le pigeonnier et les patus (espaces agricoles) mentionnés dans les archives rappellent son usage seignorial, entre production vinicole et élevage. Classé Monument Historique en 1965 pour ses façades, toitures, escaliers et galeries, l’hôtel abritera jusqu’en 1902 un cercle littéraire, avant de devenir propriété de la Société Générale.
Les anomalies de raccordement entre les parties médiévales et les ajouts du XVIIe siècle, comme l’escalier à volées droites ouvertes, révèlent une volonté de cohérence stylistique malgré les siècles. La clé de voûte datée de 1638 et les modifications liées à la visite royale de 1660 (balustrades, aménagement de la cour) illustrent cette dynamique. L’andronne séparant l’hôtel de la muraille urbaine et les vestiges des cuves vinaires évoquent son insertion dans le tissu médiéval de Pézenas, alors ville prospère du Languedoc. Aujourd’hui, bien que propriété privée, son patrimoine architectural et son passé politique et culturel en font un symbole du rayonnement de Pézenas aux époques Renaissance et classique.