Origine et histoire de l'Hôtel de Loubatières
L’Hôtel de Loubatières, construit dans la 2e moitié du XVIIe siècle à Pézenas, se distingue par son implantation hors de l’enceinte médiévale, une rareté pour l’époque. Le contrat de 1664, passé entre Jean de Morcairol, sieur de Loubatières, et le maître-maçon Mathieu Siau, précise l’édification de la demeure sur deux maisons acquises. La façade, remaniée au XIXe siècle, conserve une porte carrée encadrée d’arcs de boutique, tandis que des consoles à masques grimaçants (style baroque « auriculaire ») ornent l’entrée. L’hôtel organise ses espaces autour d’une cour carrée centrale, accessible par une allée pavée de galets, et d’un escalier tournant à quatre noyaux distribuant quatre niveaux.
La construction, inachevée à la fin du XVIIe siècle, reste partielle au début du XVIIIe siècle sous les propriétaires successifs : Gabriel de Morcairol, puis François de Chamberlain (receveur des tailles) et Antoine Darles de Chamberlain (conseiller du roi). En 1769, l’hôtel est saisi par la Cour des Aides après des malversations de Guillaume Darles de Chamberlain, ingénieur militaire. Il change ensuite de mains à plusieurs reprises : Louis-Antoine d’Alichoux de Sénégra (1774), Antoine de Dupin (1775, ancien lieutenant-colonel), puis le négociant Jacques-François Reboul (1777). Au XIXe siècle, il intègre le patrimoine des familles l’Epine et Fabre de Latude par alliance.
Architecturalement, l’hôtel combine un corps de logis principal parallèle à la rue et un bâtiment arrière ouvrant sur un jardin, reliés par un couloir caladé. Les arcs plein cintre et rampants, soutenus par des piliers carrés, soulignent l’influence baroque. Unique hôtel parfaitement daté de Pézenas grâce au contrat de 1664, il illustre aussi l’extension urbaine au-delà des remparts sous l’Ancien Régime. Son escalier monumental, à volées droites autour d’un vide central, en fait un exemple remarquable de l’habitat aristocratique languedocien.
Classé Monument Historique en 1992, l’Hôtel de Loubatières (ou de Latude) témoigne des mutations sociales et architecturales de Pézenas, ville prospère grâce au commerce et à l’administration royale. Son histoire reflète les stratégies matrimoniales et financières des élites locales, entre noblesse de robe, militaire et bourgeoisie marchande.