Frise chronologique
1733
Lotissement de l'île Feydeau
Lotissement de l'île Feydeau
1733 (≈ 1733)
Parcelle no 18 attribuée à Guillaume Le Coq.
1770-1775
Construction de l'hôtel
Construction de l'hôtel
1770-1775 (≈ 1773)
Commandé par Augustin de Luynes, armateur.
1787
Vente à Jogues de Guédreville
Vente à Jogues de Guédreville
1787 (≈ 1787)
Changement de propriétaire parmi l'élite négociante.
1808
Aménagements style Empire
Aménagements style Empire
1808 (≈ 1808)
Modifications pour Napoléon Ier par du Fou.
1943
Classement monument historique
Classement monument historique
1943 (≈ 1943)
Protection des façades et décors intérieurs.
années 1970
Reconstruction des façades
Reconstruction des façades
années 1970 (≈ 1970)
Remplacement du tuffeau par pierre des Charentes.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les façades et toitures, l'appartement du second étage occupé par la chambre des Notaires, l'escalier et la rampe en fer forgé : classement par arrêté du 9 juin 1943
Personnages clés
| Augustin de Luynes - Armateur et négrier anobli |
Commanditaire de la construction entre 1770-1775. |
| Pierre-Athanase-Augustin Jogues de Guédreville - Négociant nantais |
Acquéreur de l'hôtel en 1787. |
| François-Marie-Bonaventure du Fou - Maire de Nantes (1812-1815) |
Fait aménager le décor Empire en 1808. |
| Jean-Baptiste Ceineray - Architecte municipal |
Influence néo-classique sur la façade. |
Origine et histoire
L’hôtel de Luynes est un hôtel particulier édifié entre 1770 et 1775 sur l’île Feydeau à Nantes, dans le cadre du lotissement de ce quartier emblématique du commerce maritime. Commandé par Augustin de Luynes, armateur et négrier anobli, il incarne l’opulence des négociants nantais du XVIIIe siècle. Sa façade ouest, au no 1 de la rue Du Guesclin, et ses élévations sur les rues Kervégan et Duguay-Trouin reflètent une architecture tardive inspirée des modèles locaux, comme l’hôtel Grou, mais avec une desserte unique par un escalier sur voûte, soulignant son usage résidentiel exclusif.
Le bâtiment mêle influences néo-classiques, portées par l’architecte municipal Jean-Baptiste Ceineray, et structures pyramidales typiques de l’île Feydeau, comme en témoignent ses balcons sur trompe. En 1787, il est vendu à Pierre-Athanase-Augustin Jogues de Guédreville, puis modifié en 1808 par son gendre, François-Marie-Bonaventure du Fou (futur maire de Nantes), qui y ajoute un décor Empire pour accueillir Napoléon Ier – un projet qui n’aboutira pas. Les bombardements de 1943 endommagent gravement l’hôtel, entraînant une reconstruction controversée dans les années 1970, où le tuffeau est remplacé par de la pierre des Charentes.
Classé monument historique en 1943, l’hôtel de Luynes conserve des éléments remarquables : ses façades, son escalier en fer forgé, et l’appartement du second étage, rare exemple de style Empire à Nantes. Ce décor, proche de celui de l’ancienne chambre de commerce (détruite pendant la guerre), rappelle le rôle central de Bonaventure du Fou, alors président de cette institution. Malgré un arrêté de démolition en 1968, les façades sont restaurées à l’identique, préservant ainsi un témoignage clé du patrimoine négrier et architectural nantais.
Les sources soulignent aussi son lien avec la traite négrière, Augustin de Luynes étant un acteur majeur de ce commerce. Le bâtiment illustre ainsi les paradoxes de l’âge d’or nantais : prospérité économique fondée sur l’esclavage, et raffinement artistique inspiré des Lumières. Aujourd’hui propriété privée, il reste un symbole des dynamiques urbaines et sociales qui ont façonné Nantes au XVIIIe siècle.