Origine et histoire
L’hôtel de Pins, situé au 46 rue du Languedoc à Toulouse, fut l’un des premiers hôtels Renaissance de la ville, construit entre 1528 et 1530 par Jean de Pins, humaniste et prélat inspiré par son séjour en Italie. Il introduisit l’ordre ionique à Toulouse, s’appuyant sur le traité de Vitruve édité par Cesariano en 1521, et rompit avec la tradition locale des tours d’escalier en privilégiant des galeries ornées de médaillons à l’antique. Ces décors, évoquant les collections de monnaies romaines des humanistes, mêlaient portraits en bustes et motifs végétaux comme les « chapeaux de triomphe ».
En 1542, le marchand Jean de Nolet acquiert l’hôtel et confie à l’architecte Nicolas Bachelier des transformations majeures : ajout d’une boutique à arcades sur rue, d’un passage latéral, et d’une galerie ouest ornée de médaillons sculptés (dont un Maure, un roi, et des figures romaines). Ces éléments, ainsi que ceux de Jean de Pins, furent sauvés lors de la destruction partielle de l’hôtel au début du XXe siècle, lors du percement de la rue du Languedoc. Les galeries furent alors remontées dans la cour de l’hôtel Antonin, construit en 1903 par Joseph Thillet sur le même emplacement.
La double galerie actuelle, classée Monument Historique en 1995, superpose au rez-de-chaussée les arcades de Nolet (1542) et à l’étage celles de Pins (1528-1530), fusionnant deux époques de la Renaissance toulousaine. Huit autres arcades furent réinstallées dans la cour de l’hôtel Thomas de Montval. Les médaillons, certains très dégradés, célèbrent l’influence italienne et l’érudition humaniste, tandis que les armoiries martelées de Pins et de Nolet rappellent leurs commanditaires. L’hôtel Antonin, de style néo-Renaissance et haussmannien, intègre ces vestiges dans une cour en U, contrastant brique traditionnelle et oriels métalliques.
Avant sa destruction, l’hôtel de Pins abritait des institutions publiques : la poste aux lettres (1795-1804) puis la recette générale (vers 1843-1873). Acquis en 1870 par les époux Antonin, il fut partiellement démoli pour l’élargissement de la rue du Languedoc (1899-1906), ne conservant que les galeries, témoins uniques de son faste originel. Aujourd’hui, ces vestiges illustrent la transition entre Moyen Âge et Renaissance à Toulouse, ainsi que les défis de la préservation patrimoniale face aux transformations urbaines.