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Hôtel de Than à Caen dans le Calvados

Patrimoine classé Patrimoine urbain Hotel particulier classé

Hôtel de Than à Caen

    9-11 Boulevard du Maréchal-Leclerc
    14000 Caen
Propriété privée
Hôtel de Than à Caen
Hôtel de Than à Caen
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Hôtel de Than à Caen
Crédit photo : Karldupart - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1500
1600
1700
1800
1900
2000
vers 1527
Achèvement de la construction
1863
Dispersion de la collection Vautier
1911
Ouverture d’un restaurant
1944
Destruction pendant la bataille de Caen
1949-1967
Restauration post-guerre
2017
Rénovation contemporaine
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Hôtel, sauf parties classées (cad. DM 323) : inscription par arrêté du 1er juin 1927 ; Façades et toitures, cours, cour postérieure (ancien jardin) réduite à dix mètres sur le boulevard des Alliés et à six mètres au fond et s'étendant sur toute la longueur de la façade postérieure (cad. DM 323) : classement par arrêté du 7 janvier 1930

Personnages clés

Thomas Morel - Commanditaire initial Seigneur de Thaon, propriétaire vers 1527.
Abel Vautier - Collectionneur et mécène Transforme l’hôtel en musée au XIXe siècle.
Célestin Hippeau - Chroniqueur local Témoin de la dispersion de 1863.
Charles Dorian - Architecte restaurateur Dirige les travaux post-1944.
Marcel Poutaraud - Défenseur du patrimoine Empêche la destruction de la cour en 1948.

Origine et histoire

L’hôtel de Than, construit au 1er quart du XVIe siècle à Caen, est un exemple emblématique d’architecture Renaissance en Normandie. Probablement achevé vers 1527 pour Thomas Morel, seigneur de Secqueville-en-Bessin et de Thaon, il se distingue par ses lucarnes à l’influence italienne, bien que moins prononcée qu’à l’hôtel d’Escoville ou de Mondrainville, construits plus tard. Ce monument illustre la transition entre le gothique et la Renaissance, avec des éléments décoratifs italiens greffés sur une structure médiévale française. Une anecdote locale évoque une statue féminine à l’angle nord, dans une posture jugée « irrespectueuse », souvent interprétée comme une rivalité entre architectes, bien que cette légende soit contredite par les dates de construction.

Au XIXe siècle, l’hôtel est occupé par Abel Vautier, qui en fait un musée privé éclectique, rempli d’objets d’art, d’antiquités (étrusques, égyptiennes), de collections scientifiques (ornithologie, malacologie) et d’objets précieux (porcelaines, armes, monnaies). Ouvert au public, ce cabinet de curiosités est dispersé après sa mort en 1863, suscitant l’émotion des contemporains comme Célestin Hippeau, qui déplore la perte de ce patrimoine. L’hôtel passe ensuite à la famille Colas (bourgeoisie industrielle), avant d’être transformé en 1911 en restaurant par M. et Mme Chandivert, puis en complexe Art déco (brasserie et cinéma Majestic) dans les années 1930, aujourd’hui détruit.

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant tragique : l’hôtel est incendié pendant la bataille de Caen (1944), ne laissant que des murs calcinés. Les lucarnes sur jardin sont détruites par le génie militaire anglais. La restauration, menée à partir de 1949 par Charles Dorian, combine pierre de Caen (pour les murs) et pierre dure (pour les parties hautes), altérant légèrement l’aspect originel. Les travaux, ralentis par les crédits limités, s’étalent sur des décennies : la grille du boulevard est posée en 1965, et le porche du XVIIIe siècle est restauré en 1967. Après avoir abrité un restaurant, un magasin, puis les services de transport urbain (1978-1998), l’hôtel devient un centre de recrutement de la gendarmerie, avant une rénovation en 2017 pour accueillir des appartements et un commerce de luxe, dans le cadre de la requalification du centre-ville.

L’architecture de l’hôtel, organisée autour d’une cour accessible depuis la rue Saint-Jean, ne conserve qu’un des quatre corps de bâtiment d’origine, parallèle à cette rue. Les lucarnes, inspirées de l’art italien, et la tourelle arrière (diminuée d’un étage après-guerre) témoignent de son prestige passé. La restauration d’après-guerre a cependant modifié sa structure : les murs, autrefois porteurs, sont désormais soutenus par un squelette en béton armé, typique de la Reconstruction. Parmi les particularités, cinq lucarnes de la façade arrière, partiellement masquées par la brasserie des années 1930, n’ont été que partiellement restaurées en pierre (deux en pierre, trois en bois et ardoise), reflétant les compromis de l’époque.

Classé monument historique en 1930 (façades, toitures et cour postérieure), après une première inscription en 1927, l’hôtel de Than incarne à la fois le faste de la Renaissance caennaise et les défis de la préservation patrimoniale après un conflit. Son histoire reflète les mutations urbaines, des salons bourgeois du XIXe siècle aux destructions de 1944, en passant par les adaptations contemporaines. Aujourd’hui, il reste un symbole de la résilience du patrimoine normand, entre mémoire et modernité.

Liens externes