Origine et histoire de l'Hôtel de Viguier-Guerin
L’Hôtel de Viguier-Guerin, situé à Agde dans l’Hérault, est une résidence urbaine construite entre le dernier quart du XVIe siècle et le premier quart du XVIIe siècle. L’édifice remplace un ancien immeuble dont certaines parties, comme un mur en grès ou calcaire gréseux, ont été conservées. La structure principale, y compris les façades sur cour, est entièrement réalisée en lave basaltique locale, matériau caractéristique de la région. Le portail d’entrée, mentionné dès 1592 dans les archives (compoix), se distingue par son décor en pointes de diamant et ses pilastres ioniques cannelés, typiques de l’architecture Renaissance tardive. Ce portail, en plein cintre, donne accès à un passage oblique menant à une cour intérieure.
La campagne de reconstruction de l’entrée et des galeries semble dater de peu après 1592, comme l’atteste le style des ornements : chapiteaux à volutes plates, échine décorée d’oves soulignés de losanges, et frise à motifs géométriques en T. Malgré son prestige initial, l’hôtel fut morcelé avant 1624, perdant ainsi son unité résidentielle d’origine. Aujourd’hui, seul le grand portail à pilastres (cadastre H 1695, 1697) bénéficie d’une protection au titre des Monuments Historiques depuis l’arrêté du 22 mars 1965. Son adresse officielle, 14 rue de la Placette, correspond à un secteur historique d’Agde, ville marquée par son patrimoine en lave volcanique.
Les matériaux utilisés illustrent les ressources locales : la lave basaltique noire, extraite des carrières environnantes, contraste avec les éléments romains en grès, hérités de l’ancienne construction. Le portail, élément le plus remarquable, combine des influences classiques (pilastres ioniques) et des motifs décoratifs géométriques (pointes de diamant, losanges), reflétant le goût de l’époque pour un répertoire ornemental riche. La disposition du passage oblique, reliant la rue à la cour par un angle, suggère une adaptation aux contraintes du parcellaire médiéval d’Agde.
L’hôtel s’inscrit dans le contexte urbain d’Agde à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, période où la ville, port méditerranéen actif, voit se développer des résidences pour l’élite locale (négociants, officiers royaux). Bien que morcelé précocement, l’édifice témoigne de l’architecture civile de la Renaissance tardive en Languedoc, mêlant tradition locale (lave basaltique) et apports stylistiques italiens ou lyonnais (décors géométriques).