Origine et histoire
L’hôtel de ville de Semur-en-Brionnais est un ancien auditoire de justice construit en 1788, sous le règne de Louis XVI, pour remplacer un bâtiment vétuste diagnostiqué en 1779 par l’architecte Guillemot. Les plans, validés par l’intendant Dupleix de Bacquencourt, furent exécutés par le maçon Pierre Lorton entre 1781 et 1788. Financé en partie par le roi, l’édifice arbore des symboles judiciaires (balance, épée) et un écusson royal au-dessus de sa porte, rappelant son origine monarchique.
Le site abrite une longue tradition judiciaire remontant au Moyen Âge, lorsque Semur-en-Brionnais était un siège de bailliage royal et ducal. Dès le XIIIe siècle, la ville hébergeait une baronnie liée à la justice seigneuriale, comme en témoigne le conflit de 1273 entre le seigneur Jean de Chateauvillain et le comte du Forez. Les baillis royaux, instaurés par Philippe Auguste, y coexistaient avec les institutions ducales bourguignonnes, créant des tensions récurrentes jusqu’à l’ordonnance de 1481, synthétisant droits royaux et ducaux.
Au XVIIIe siècle, Semur conservait un rôle administratif malgré son déclin relatif. Le dernier baron, Jacques Nicolas du Puy, fit ériger l’auditoire en 1788 sur ses deniers, avec l’accord du roi. L’édifice, doté d’une salle d’audience à arcades et de salles annexes (dont une avec cheminée Louis XVI), devint mairie en 1793. Il abritera aussi la justice de paix jusqu’à sa fusion avec Marcigny en 1925, après plus d’un siècle de service judiciaire post-révolutionnaire.
L’architecture reflète sa double vocation : la façade sobre, ornée de symboles judiciaires, masque un intérieur fonctionnel adapté aux audiences. La toiture à quatre pans et les fenêtres disposées symétriquement trahissent l’influence classique du XVIIIe siècle. Restauré en 1902, le bâtiment reste un symbole du pouvoir local, situé face à la collégiale Saint-Hilaire et près du château Saint-Hugues, au cœur de la ville historique.
La Révolution française transforma son usage : l’auditoire devint un tribunal de paix en 1790, jugeant contraventions et petits litiges jusqu’en 1925. Les archives de 1837 révèlent une activité soutenue (214 affaires introduites, 64 tentatives de conciliation). Ce monument, classé en 1984, incarne ainsi la transition entre l’Ancien Régime et les institutions modernes, tout en préservant la mémoire judiciaire de la Bourgogne du Sud.