Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’Hôtel de ville d’Aire-sur-la-Lys, construit entre 1716 et 1721, remplace un édifice plus ancien jugé indigne de la ville après son rattachement définitif à la France par le traité d’Utrecht en 1713. Le projet, autorisé par Louis XIV en 1715, est confié à l’architecte Héroguel, également actif à Arras. Le bâtiment, de style classique sobre, s’organise autour d’une façade monumentale ornée de pilastres, d’un fronton sculpté aux armes de la ville, et d’un escalier intérieur menant à la salle des fêtes, ancienne « halle » publique. Le beffroi, achevé en 1724, culmine à 58 mètres et perpétue une tradition communale remontant au XIIe siècle, symbolisant à la fois la puissance municipale et la fonction de guet.
La construction s’inscrit dans une période de reconstruction pour Aire-sur-la-Lys, dévastée par les sièges répétés des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment ceux de 1641, 1676 et 1710. Le nouvel hôtel de ville, avec son beffroi, incarne la renaissance de la cité sous l’autorité française, marquant aussi le déclin de son rôle militaire au profit d’une vocation administrative et commerciale. Classé monument historique en 1947, l’édifice abrite toujours les institutions municipales, tandis que son beffroi, restauré après les dommages des deux guerres mondiales, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005 pour son témoignage exceptionnel sur l’architecture civile des anciennes Flandres.
Le beffroi, séparé de l’hôtel de ville mais aligné sur l’axe du passage des Hallettes, conserve une structure médiévale adaptée aux besoins modernes. Ses sept étages, surmontés d’un clocher abritant un carillon, ont servi tour à tour de prison, de réserve pour les archives et de poste de surveillance. Les incendies de 1872 et 1914 ont endommagé sa charpente, nécessitant des restaurations successives. Aujourd’hui, il reste un symbole identitaire fort pour les Airois, associé aux fêtes locales comme le « jet de l’andouille », une tradition séculaire célébrée depuis les fenêtres du bailliage voisin.
L’hôtel de ville et son beffroi s’intègrent dans un ensemble architectural cohérent sur la Grand-Place, entouré de maisons bourgeoises des XVIIe et XVIIIe siècles. Leur préservation s’inscrit dans une politique patrimoniale active depuis les années 1990, avec des campagnes de ravalement des façades et de mise en valeur du centre historique. Le passage des Hallettes, sous l’aile droite de l’hôtel de ville, relie la place à la rue de Saint-Omer et abrite depuis 1891 la bibliothèque municipale, riche de fonds anciens et d’archives communales remontant au XVIe siècle.
Le site reflète aussi les transformations urbaines d’Aire-sur-la-Lys, libérée de ses fortifications en 1893. Le démantèlement des remparts a permis l’extension de la ville vers l’est et le sud, tout en préservant ce cœur historique. L’hôtel de ville, avec sa salle des mariages installée dans l’ancien greffe et sa salle des fêtes, reste le lieu central des cérémonies civiles et des manifestations culturelles, comme les fêtes de la Lys ou de Notre-Dame Panetière, perpétuant un lien fort entre patrimoine et vie locale.