Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’hôtel de ville d’Angoulême est construit entre 1858 et 1869 par l’architecte Paul Abadie, sur l’emplacement de l’ancien château comtal. Ce dernier, dont il ne subsiste que le donjon des Lusignan (XIIIe siècle) et la tour des Valois (XVe siècle), fut le siège du pouvoir comtal avant de devenir une résidence des gouverneurs. Le projet de Paul Abadie, controversé, a entraîné la destruction de la plupart des bâtiments médiévaux, ne conservant que les deux tours sous la pression des archéologues locaux. Le coût du chantier, initialement estimé à 150 000 francs, a finalement dépassé le million, suscitant une vive polémique.
Du Xe au XIIIe siècle, les comtes d’Angoulême, notamment les Taillefer puis les Lusignan, ont renforcé les défenses de la ville. Au XVe siècle, Jean d’Orléans, grand-père de François Ier, agrandit le château après sa captivité en Angleterre. Le site perd son rôle politique après le XVIIe siècle, devenant un simple lieu de résidence pour les gouverneurs. En 1838, le maire Paul Joseph Normand de La Tranchade obtient la cession du château à la ville pour en faire l’hôtel de ville, sous condition de préserver son caractère monumental. Malgré cette clause, Paul Abadie détruit en 1859 le logis du XVe siècle, ne gardant que les tours.
L’architecture de l’hôtel de ville mêle des références médiévales, renaissantes et classiques, avec un beffroi dominant ajouté au XIXe siècle. Les vestiges conservés, le donjon et la tour des Valois, ont été inscrits aux monuments historiques en 1929, tandis que l’ensemble de l’hôtel de ville a été classé en 2013. Les décors intérieurs, réalisés par des artistes comme Hugot (peintures du grand salon) ou Edward May (cabinet du maire), ainsi que les contributions du sculpteur Léon Baleyre et du serrurier Everaert, achèvent de faire de ce lieu un symbole du patrimoine angoumoisin.
Le château comtal, avant sa transformation, comprenait des éléments défensifs des XIIe–XIIIe siècles et un pavillon du XVe siècle avec une tourelle polygonale. Les fortifications en étoile ajoutées sous le duc d’Épernon (XVIe siècle) ont presque entièrement disparu, à l’exception de quelques échauguettes. Le site, aujourd’hui entouré de terrasses de cafés et de jardins à la française, relie la place New York à la promenade du rempart Desaix, illustrant son intégration dans le paysage urbain contemporain.