Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’hôtel de ville de Cherbourg-Octeville trouve ses origines en 1793, lorsque sa construction est lancée pour remplacer les lieux de réunion municipaux précédents : l’église de la Trinité (1492–1590), le château (détruit en 1688), puis des locaux provisoires comme ceux des frères des écoles chrétiennes, rue de la Paix. Le bâtiment initial, achevé en 1804, se distingue alors par un balcon en granit supporté par deux colonnes, mais reste d’aspect modeste. Il abrite déjà des fonctions variées : bureaux municipaux, musée Henry, bibliothèque, et même un poste militaire.
En 1850, une aile néo-classique est ajoutée au sud-ouest, formant un « L » avec le corps principal. Cette extension, conçue par l’architecte Geoffroy, intègre au premier étage une grande salle de réunion publique et un salon impérial, décoré en l’honneur de la visite de Napoléon III en 1858. Le bâtiment s’enrichit alors d’un écusson aux armes de la ville et d’un salon octogonal, reflétant son rôle croissant dans la vie civile et militaire locale. Les descriptions de l’époque soulignent sa dualité : façade sobre sur la place d’Armes, mais intérieurs prestigieux (bibliothèque, musées, tribunal).
La cheminée monumentale de la salle des délibérations, classée en 1905, provient de l’abbaye du Vœu (XVe–XVIe siècles). Démontée en 1841 lors de la destruction de l’abbaye, elle est restaurée et installée dans l’hôtel de ville en 1865, symbolisant le lien entre patrimoine religieux et pouvoir municipal. Ses sculptures portent les armes de l’abbaye et de Cherbourg, témoignant de cette histoire partagée.
Au XXe siècle, le bâtiment subit des modifications majeures : la façade est remaniée en 1951, supprimant le poste de police, et en 2004, le grand salon, le salon octogonal et celui de l’Impératrice sont inscrits aux monuments historiques pour leurs décors. Depuis 2016, l’hôtel de ville accueille la mairie déléguée de Cherbourg-Octeville au sein de la commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin.
Le projet d’un nouvel hôtel de ville, imaginé en 1893 par l’architecte Armand Le Véel, avec une façade de 44 mètres ornée d’allégories et de bustes, ne verra jamais le jour. Ce plan ambitieux, incluant un campanile et un fronton sculpté, illustre cependant les aspirations monumentales de la ville à la fin du XIXe siècle, dans un contexte de croissance urbaine et d’affirmation identitaire.