Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’hôtel de ville de Compiègne, construit à partir de 1490 sur l’emplacement de deux maisons léguées à la ville en 1397, incarne la transition entre le gothique finissant et la Renaissance. Confié à Pierre Navyer (dit Pierre de Meaux), maître-maçon ayant collaboré à la cathédrale de Senlis, il symbolise la renaissance économique de Compiègne après les ravages de la Guerre de Cent Ans. Sa façade monumentale, ornée de statues et de fenêtres à meneaux, reflète la puissance urbaine retrouvée, tandis que le beffroi, surmonté d’un lion-girouette, abrite la Banclocque, une cloche médiévale datée de 1303.
Classé monument historique dès 1840 grâce à l’intervention de Prosper Mérimée, l’édifice subit des restaurations majeures au XIXe siècle sous la direction d’Aymar Verdier et Auguste Lafollye, élèves de Viollet-le-Duc. Ce dernier, protégé par Napoléon III, supervise la reconstitution de la statuaire détruite pendant la Révolution, dont le bas-relief équestre de Louis XII par Henri-Alfred Jacquemart (1869). Les jaquemarts du beffroi, surnommés Langlois, Flandrin et Lansquenet, animent toujours la ville en frappant les heures, perpétuant une tradition remontant à 1530.
Le décor intérieur, largement remanié, conserve cependant neuf peintures murales réalisées en 1907 par Raymond Fournier-Sarlovèze et José Vasquez dans l’ancienne salle de la justice de paix. Ces œuvres, commandées par le maire Mortimer-Robert Fournier-Sarlovèze, illustrent des épisodes marquants de l’histoire locale, bien qu’omettant des événements majeurs comme le martyre des carmélites en 1794 ou la chute de Napoléon III. L’aile gauche, ajoutée en 1867, reprend le style Renaissance du bâtiment original, tandis que la cour intérieure abrite une façade néoclassique de prison, témoin des transformations du XVIIIe siècle.
Épargné par les bombardements de 1940, l’hôtel de ville est ravalé entre 1978 et 1980. Aujourd’hui, il accueille l’administration municipale et l’office de tourisme, tout en s’ouvrant au public lors des Journées du patrimoine. Son beffroi, culminant à 47 mètres, et sa place reconstruite après 1945 par Jean Philippot en font un symbole du patrimoine compiégnois, mêlant mémoire médiévale et restaurations modernes.