Frise chronologique
1754
Projet initial
Projet initial
1754 (≈ 1754)
Première esquisse par Contant d’Ivry
1773
Début des travaux
Début des travaux
1773 (≈ 1773)
Estimation initiale à 45 000 livres
1773–1785
Construction
Construction
1773–1785 (≈ 1779)
Dirigée par Du Buat, financée par la ville et le duc
1789
Achèvement financier
Achèvement financier
1789 (≈ 1789)
Coût final : 172 139 livres
1812–1821
Aménagements intérieurs
Aménagements intérieurs
1812–1821 (≈ 1817)
Lambris et rampe d’escalier ajoutés
1838
Acquisition de la dernière aile
Acquisition de la dernière aile
1838 (≈ 1838)
Intégration complète des maisons adjacentes
1844–1857
Restaurations
Restaurations
1844–1857 (≈ 1851)
Dallage de marbre et réparation des façades
2007
Protection
Protection
2007 (≈ 2007)
Inscription comme Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'hôtel de Ville en totalité (cad. AR 314) : inscription par arrêté du 5 février 2007
Personnages clés
| Emmanuel de Croÿ (1718–1784) - Duc et seigneur de Condé |
Financeur et décideur du projet |
| Pierre Louis Georges du Buat (1734–1809) - Ingénieur militaire |
Maître d’œuvre de la construction |
| Pierre Contant d’Ivry (1698–1777) - Architecte |
Auteur du projet initial (1754) |
| Richard Fernet (1735–1810) - Sculpteur |
Décor de façade et salle d’audience |
| Louis Dupommereuille - Menuisier |
Réalisation de la porte principale |
| Louis Gabriel Taboureau des Réaux (1718–1782) - Intendant du Hainaut |
Contributeur financier du projet |
Origine et histoire
L’hôtel de ville de Condé-sur-l'Escaut, construit entre 1773 et 1785, occupe le côté nord-est de la place d’Armes (actuelle place Pierre-Delcourt). Conçu pour donner l’illusion d’un édifice unique, il combine un avant-corps central à colonnes doriques colossales et deux ailes latérales symétriques, initialement des maisons privées. Les matériaux locaux (pierre de Bavay, calcaire d’Ecaussinnes, brique) soulignent son ancrage régional, tandis que son rez-de-chaussée abrite une halle marchande voûtée en brique, prolongement couvert de la place publique.
Le projet, piloté par l’ingénieur militaire Pierre Louis Georges du Buat (1734–1809), est fortement influencé par le duc Emmanuel de Croÿ (1718–1784), seigneur de la ville, qui en finance une partie et impose les choix architecturaux. Inspiré d’un premier projet de l’architecte Pierre Contant d’Ivry (1754), l’édifice intègre une salle d’audience (future salle des mariages) et des espaces administratifs. Les coûts, initialement estimés à 45 000 livres, atteignent finalement 172 139 livres en 1789, avec des contributions de l’intendant du Hainaut et des expédients financiers.
Les ailes latérales, initialement des maisons privées, sont progressivement absorbées par la mairie aux XIXe et XXe siècles. En 1774, deux maisons sont achetées par la ville, et en 1838, la dernière aile est acquise. Les aménagements intérieurs se poursuivent au XIXe siècle : lambris de la salle du conseil (1812), rampe d’escalier (1821), et dallage de marbre dans l’ancienne halle (1844–1845). Les restaurations successives (1852–1857, 1878–1880) préservent la façade classique, tandis que la salle des mariages conserve son décor d’origine.
L’architecture reflète une hiérarchie fonctionnelle : l’ordre colossal du corps central contraste avec la sobriété des ailes, soulignant la prééminence de l’hôtel de ville. Les matériaux (pierre bleue, brique, ardoise) et les techniques (voûtes en pendentifs, colonnes doriques) témoignent d’un savoir-faire local adapté aux contraintes budgétaires. Malgré des proportions parfois maladroites, l’ensemble incarne l’ambition urbaine du XVIIIe siècle, mêlant utilité publique et prestige seigneurial.
Classé Monument Historique en 2007, l’édifice illustre la transition entre l’Ancien Régime et la modernité administrative. Son passage cocher, sa loggia à bretèche, et ses salles conservées (archives, salon du conseil) rappellent son rôle central dans la vie communale. Les sculptures de Richard Fernet (1735–1810) et les menuiseries de Louis Dupommereuille achèvent de marquer son identité patrimoniale, entre héritage ducale et gestion municipale.