Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’hôtel de ville de Mulhouse, appelé Rothüss en alsacien, est un bâtiment emblématique de style Renaissance rhénane, situé place de la Réunion. Construit entre 1552 et 1553 par l’architecte bâlois Michel Lynthumer après l’incendie de 1551, il remplace un premier édifice datant de 1432. Ses pignons à volutes et son escalier d’honneur couvert, légèrement décentré, illustrent l’influence artistique de la Renaissance rhénane. Peint en rouge et or par Christophe Bock, il incarne la puissance de la bourgeoisie mulhousienne, alors alliée aux cantons suisses. Montaigne le décrit en 1580 comme un « palais magnifique et tout dor ».
En 1637, une galerie est ajoutée à l’arrière du bâtiment, et en 1698, Jean Gabriel y peint des décors en trompe-l’œil inspirés des gravures d’Henric Goltzius. Un second étage est ajouté en 1778-1779, modifiant partiellement les motifs peints, sous la direction de Théodore-André Genderich. Le 15 mars 1798, depuis son perron, est proclamée la Réunion de Mulhouse à la France, marquant la fin de son statut de République indépendante. Les décors, restaurés à plusieurs reprises (1846, 1903, 1988), mêlent allégories des vertus réformées et armoiries des cantons suisses, alliés historiques de la ville.
L’intérieur conserve des éléments remarquables comme la salle du Grand Conseil, avec son plafond à caissons, ses vitraux et ses lambris d’origine. Cette salle, toujours utilisée pour les séances municipales, abrite aussi un coffre-fort en pierre et les blasons des anciens bourgmestres. Le bâtiment comprend également le musée historique de Mulhouse, installé en 1969 après le départ des services municipaux en 1958. Parmi les curiosités, le Klapperstein (pierre des bavards), reproduit sur la façade, rappelle une peine infamante abolie à la Révolution : les médisants devaient traverser la ville avec cette pierre de 12 kg autour du cou, assis sur un âne.
Classé Monument Historique en 1961 (après une première inscription en 1929), l’hôtel de ville symbolise à la fois l’autonomie passée de Mulhouse, son alliance avec la Confédération helvétique, et son intégration ultérieure à la France. Ses décors extérieurs, inspirés de la Rome antique, célèbrent les vertus civiques (Justice, Tempérance, Foi) chères à la République mulhousienne, tandis que ses archives et collections muséales témoignent de son riche passé politique et culturel.