Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’hôtel de ville de Poitiers, situé place du Maréchal-Leclerc (ancienne place d’Armes), incarne l’ambition urbanistique du XIXe siècle dans la ville. Conçu entre 1869 et 1875 par l’architecte Antoine-Gaëtan Guérinot, il s’inscrit dans un vaste plan de modernisation lié à l’arrivée du train en 1851 et à la construction de la préfecture (1864-1869). Le bâtiment, de style Second Empire et néo-renaissance, devait aussi abriter le musée des beaux-arts, qu’il hébergea jusqu’en 1974. Son architecture théâtrale, inspirée de l’opéra Garnier et des hôtels de ville contemporains comme ceux de Niort ou Saint-Jean-d’Angély, reflète les goûts éclectiques de Napoléon III, amateur de pastiches historiques.
La façade principale, richement ornée de rinceaux, guirlandes et colonnes annelées inspirées de Philibert de l’Orme, contraste avec les élévations latérales plus sobres. Les sculptures prévues (médillons, allégories de poitevins illustres) ne furent jamais réalisées, faute de financements. L’intérieur, tout aussi ambitieux, comprend un grand escalier décoré par Louis-Ernest Barrias (cariatides allégoriques la Science et les Beaux-Arts) et des peintures de Pierre Puvis de Chavannes évoquant l’histoire locale, comme Charles Martel sauvant la chrétienté (732). La salle des mariages et le salon d’honneur, ancien lieu de bal, abritent des œuvres de Léon Perrault et Jean-Baptiste Brunet, célébrant des épisodes marquants de Poitiers.
L’édifice, classé monument historique en 1975 pour ses façades, toitures et escalier, illustre la volonté de marier fonction civique et prestige artistique. Son campanile, œuvre d’Auguste-Nicolas Cain, et ses tigres de plomb surmontés de putti porteurs de flambeaux, rappellent les fastes du Second Empire. Les armoiries de la ville (lion d’Aquitaine, fleurs de lys, besants des échevins) y sont déclinées en multiples supports, des ferronneries aux vitraux, soulignant l’identité locale. Malgré des décors inachevés, l’hôtel de ville reste un témoignage majeur de l’architecture municipale de son époque, mêlant symboles républicains et références à l’histoire poitevine.