Origine et histoire de l'Hôtel de ville
L’Hôtel de ville de Sarlat-la-Canéda se dresse sur la place de la Liberté, au cœur d’une ville façonnée par son opposition historique entre bourgeois et abbés. Fondée autour de l’abbaye Saint-Sauveur au IXe siècle, Sarlat voit ses habitants s’organiser en consulat dès 1223 pour revendiquer des droits urbains. Les consuls, représentant quatre quartiers, obtiennent en 1298 la reconnaissance de leur autonomie via le Livre de la paix, ratifié par Philippe IV en 1299. Ce texte leur accorde le droit de légiférer, de gérer les travaux publics (comme l’enceinte de la ville, construite entre XIIIe et XIVe siècles), et de partager la justice avec l’abbaye.
La maison consulaire originale, acquise en 1273 et située à l’emplacement actuel, est reconstruite entre 1623 et 1625 par l’architecte saintongeais Henry Bouyssou, pour 45 000 livres. Les travaux, supervisés par François de Gérard (lieutenant général du Périgord), transforment le bâtiment en un symbole du pouvoir municipal. En 1652, pendant la Fronde, l’hôtel est occupé par les troupes de Condé. Au XVIIIe siècle, la façade ouest est remaniée (1775) : suppression des tourelles, ajout d’un clocher et de bas-reliefs, tandis que les meneaux des fenêtres disparaissent.
La Révolution marque un tournant : en 1790, la mairie s’installe dans l’ancien palais épiscopal, et l’hôtel devient un bazar puis un club politique. Classé monument historique en 1947 pour ses façades et toitures, il est restauré en 1899 par l’architecte Queille. Le député-maire Pierre Sarrazin le réinaugure en 1900, lui rendant sa fonction initiale. Aujourd’hui, il témoigne de l’évolution politique et architecturale de Sarlat, des luttes consulaires médiévales à son rôle contemporain.
Le conflit entre bourgeois et abbés, central dans l’histoire de Sarlat, culmine avec l’assassinat de l’abbé Arnaud III de Stapon en 1273 et la création de l’évêché en 1317 par la bulle Salvator Noster du pape Jean XXII. Ces tensions, combinées à l’alliance des consuls avec d’autres villes (Figeac, Périgueux, Brive) en 1263, illustrent la quête d’autonomie urbaine. La charte de 1299, respectée jusqu’en 1789, consacre la victoire des bourgeois, limitant le pouvoir abbatial au profit du roi et de la commune.
L’architecture de l’hôtel de ville reflète ces strata historiques : la structure du XVIIe siècle, modifiée au XVIIIe, intègre des éléments défensifs disparus (tourelles) et des symboles civiques (clocher, lanternon). Son classement en 1947 souligne sa valeur patrimoniale, liée à la fois à l’histoire urbaine de Sarlat et à son rôle dans les révoltes contre le pouvoir ecclésiastique. Les restaurations successives (notamment celle de 1899) ont préservé ce témoignage des dynamiques politiques et sociales du Périgord.