Origine et histoire de l'Hôtel de Vogüé
L’Hôtel de Vogüé, situé 8 rue de la Chouette à Dijon près de l’église Notre-Dame, est un hôtel particulier édifié entre la fin du XVIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle. Il fut construit sur trois maisons acquises progressivement à partir de 1589 par Jean Bouhier, conseiller au parlement de Bourgogne, puis par son fils Étienne Bouhier de Chevigny, magistrat et amateur d’art. L’aile avant droite, datée de 1614 par une inscription sur la cheminée de la salle des gardes, marque le noyau initial de l’ensemble, bien que l’hotel n’ait été achevé que plus tard. Son architecture, inspirée des modèles italiens, en fait le prototype des hôtels parlementaires dijonnais, avec un plan entre cour et jardin, des façades ornées de frontons, mascarons et tuiles vernissées bourguignonnes.
Selon la tradition familiale, Étienne Bouhier aurait lui-même conçu les plans de l’hôtel, hypothèse étayée par son intérêt documenté pour l’architecture, nourri lors d’un possible séjour en Italie après ses études de droit à Padoue. Bien que ce voyage ne soit pas prouvé, sa bibliothèque comptait des ouvrages d’architecture en italien, et son implication dans d’autres chantiers locaux (Hôpital général, couvents des Ursulines et Visitandines entre 1629 et 1635) suggère une expertise certaine. Des indices laissent cependant penser qu’il aurait bénéficié d’une aide technique pour finaliser les plans. L’hôtel, richement décoré, mêle des éléments Renaissance (cariatides, feuilles de lierre évoquant Hugues Sambin) à des innovations comme les Renommées sculptées dans les écoinçons du portique d’entrée, où figure aussi son monogramme E.B.M.G. célébrant son mariage avec Madeleine Giroud en 1615.
En 1717, un portail fut percé pour faciliter l’accès des carrosses aux écuries du jardin, tandis qu’en 1766, l’hôtel entra dans la famille de Vogüé par le mariage de Catherine Bouhier de Versalieu avec le comte Cerice-François Melchior de Vogüé. Devenu propriété de la Ville de Dijon, il abrite aujourd’hui ses services municipaux. Classé monument historique dès 1911, il se distingue par sa cour encadrée de pavillons, sa salle des gardes ornée d’une cheminée peinte représentant Héro et Léandre, et une façade jardin sobre animée par deux tourelles carrées. Son style, influencé par les traités de la Renaissance italienne et les réalisations toulousaines ou montpelliéraines, témoigne de l’ambition aristocratique bourguignonne au XVIIe siècle.
La postérité de l’Hôtel de Vogüé repose sur son rôle de modèle pour l’aristocratie parlementaire dijonnaise, ainsi que sur la persistance de son décor original, malgré des aménagements ultérieurs comme le portail de 1717. Les archives soulignent aussi l’importance de sa bibliothèque, reflétant les réseaux intellectuels de son commanditaire, entre droit, art et architecture. Aujourd’hui, sa toiture en tuiles vernissées, caractéristique de la Bourgogne, et ses décors mêlant rigueur classique et fantaisie maniériste en font un témoignage majeur du patrimoine civil français de la première modernité.