Origine et histoire
L’Hôtel des Ambassadeurs de Hollande, aussi appelé hôtel Amelot de Bisseuil, est un hôtel particulier du XVIIe siècle situé dans le Marais, à Paris (4e arrondissement). Construit entre 1657 et 1660 par l’architecte Pierre Cottard pour Denis Amelot de Chaillou, il se distingue par ses deux cours intérieures, une particularité héritée de l’ancien hôtel de Rieux qui occupait le site. Ce dernier était lié à des figures historiques comme Jean II de Rieux, compagnon de Du Guesclin, et Pierre de Rieux, qui aida Jeanne d’Arc. L’assassinat de Louis Ier d’Orléans en 1407 près de l’hôtel marque aussi son histoire médiévale.
L’appellation « Ambassadeurs de Hollande » viendrait soit de son usage comme résidence pour l’ambassadeur de Hollande, soit de son rôle pendant la révocation de l’édit de Nantes : la chapelle de l’hôtel, dirigée par le chapelain Marcus Guitton, aurait abrité des cultes protestants tolérés. Classé Monument Historique en 1924, l’hôtel conserve des éléments remarquables comme des cadrans solaires du père Truchet, des statues allégoriques, et des décors intérieurs (galerie de Psyché, salon de Flore). Son architecture mêle sobriété extérieure et richesse intérieure, avec des plafonds peints par Michel Corneille l’Ancien et Joseph-Marie Vien.
Au XVIIIe siècle, l’hôtel accueille des résidents illustres : Mademoiselle Necker (future Madame de Staël) y est baptisée en 1766 dans la chapelle protestante. Beaumarchais y loue l’intégralité des lieux de 1776 à 1787, y fondant une compagnie maritime pour soutenir les insurgés américains et y écrivant Le Mariage de Figaro. Le bâtiment change ensuite de mains, passant par des propriétaires comme Paul Brenot (pionnier de la TSF) et Paul-Louis Weiller, qui y reçoit des personnalités comme Nixon ou Charlie Chaplin. Après des restaurations majeures (2014-2016), il est transformé en hôtel de luxe dans les années 2020.
L’intérieur, classé pour partie, inclut des boiseries, des cheminées d’origine, et des peintures mythologiques. La façade sur la rue Vieille-du-Temple arbore un bas-relief de Thomas Regnaudin (1660) représentant des Renommées, tandis que la cour principale expose des cadrans solaires restaurés en 2016. La seconde cour, plus vaste, est ornée de statues symbolisant les vertus. Malgré des modifications au XVIIIe siècle (comme la suppression du grand escalier par Louis Le Tellier), l’hôtel reste un exemple emblématique de l’architecture classique parisienne, alliant histoire politique, religieuse et artistique.
En 2010, l’hôtel est acquis pour 38 millions d’euros par Acanthe Développement, puis revendu en 2017 à un investisseur belge pour 69 millions. Les travaux de conversion en palace, incluant la restauration des décors (dorures, peintures) et l’ajout de suites luxueuses, s’achèvent vers 2022. Ce projet s’inscrit dans une valorisation du patrimoine du Marais, quartier historique préservé. L’hôtel illustre ainsi les mutations des hôtels particuliers parisiens, passant de résidences aristocratiques à des usages modernes (fondations, tourisme), tout en conservant leur héritage architectural.